« L’Urgence de ralentir »

Dans une ère d’accélération globalisée, la vitesse qui autrefois était un gain pour la société est devenue un danger pour l’humanité… « L’Urgence de ralentir » est un documentaire partant à la rencontre des personnes à travers le monde expérimentant – individuellement ou collectivement – des alternatives locales et concrètes, afin de « bien vivre », en re-sacralisant le temps. À la marge du paradigme dominant ils contribuent peut-être déjà au nouveau monde de demain.

Comment résister à l’accélération financière et technologique qui nous mène vers des catastrophes écologiques et sociales ? Comment trouver d’autres façons de vivre ensemble pour façonner un autre monde ? C’est ce qu’interroge Philippe Borrel dans son nouveau documentaire « L’urgence de ralentir ». À partir des réflexions de philosophes, sociologues et économistes tel Edgar Morin, Hervé Kempf, Pierre Dardot, Douglas Rushkoff, Geneviève Azam, Pierre Rabhi, Rob Hopkins, Hartmut Rosa, Jeremy Rifkin, Lionel Astruc, Alberto Acosta, Bunker Roy et Tim Jackson, ce film sillonne la planète à la rencontre des nouveaux rebelles contemporains qui ont choisi de vivre à contre temps du modèle néolibéral, de ces précurseurs qui redécouvrent un rapport attentif, patient et fertile au temps.

Pour bande annonce, cliquer ICI

DOCUMENTAIRE COMPLET (2 h 20)

Et en introduction, la dissert’ de Jean-Pierre Jacobs (GPC)

Le temps : une valeur en soi ? Une autre relativité.

Le temps s’écoule, imperturbable. Nous vieillissons inexorablement. La vie humaine est perçue comme étant brève. Alors nous courons tous azimuts pour oublier.

Et nous sommes fiers d’afficher des agendas bien remplis. Des emplois du temps de premier ministre ! Tout doit aller vite, tout notre planning de vie repose sur cette vitesse. L’horloge est notre maître. Le temps notre dictateur. Notre corps en est l’esclave. Et notre environnement aussi. Tout cela repose sur notre consommation effrénée d’énergie et de combustibles fossiles : Le matin à Liège, à midi à Namur et le soir à Bruxelles. Bruxelles, Montréal et puis Vancouver en un jour. Tout cela est possible. C’est le progrès, que voulez-vous !

Notre productivité au boulot repose aussi sur ce schéma. La soi-disant « croissance » de notre société également. La compétitivité des entreprises aussi.

Nous avons tendance à sauter dans notre voiture pour un oui ou pour un non, sans réfléchir pour limiter le nombre de déplacements ou chercher une alternative. Nous ne sommes pas prêts à faire des compromis dans ce domaine parce que nous sommes devenus dépendants de cette vitesse. Notre planification repose sur elle.

Et pas seulement au boulot. Aussi dans notre vie privée, même dans nos loisirs. Nous sommes devenus incapables de patience, incapables de profiter du temps qui passe sans anxiété. Tout tout de suite et toujours plus, insatiables. Tant et si bien que nous nous énervons et nous ne savons plus pourquoi. Je crois qu’on appelle cela « le stress » : même quand c’est nous-mêmes qui nous mettons en situation de stress parce que nous voulons trop faire ou que nous nous organisons mal.

Parfois on se rend compte que tout cela est sans importance. En général c’est pendant un moment fugace, par exemple lors de funérailles, ou d’un accident, moments où le temps semble s’arrêter un peu pour nous ouvrir les yeux. Puis la vie reprend son cours et nous reprenons la course.

Quand je vais quelque part à vélo, la première (et souvent la seule) question qu’on me pose c’est : « combien de temps as-tu mis ? ». Quand je réponds que j’ai mis deux heures pour faire 50 km, on me regarde comme si j’étais fou. Lorsque je parcours la campagne à bicyclette, je suis régulièrement rattrapé par des automobilistes dans des rues trop étroites pour dépasser et je les entends parfois s’énerver jusqu’à m’injurier ou me mettre en danger. Le vélo face à la voiture, tout un symbole, une autre philosophie.

Quand je dis que je veux marcher pour faire deux km alors que les autres s’entassent dans une voiture pour le même trajet, on s’étonne puis on me sourit mais on ne vient pas marcher avec moi.

Dans ma jeunesse en milieu modeste, mes parents n’avaient pas de voiture. Je marchais, je roulais à vélo, j’attendais le bus, le tram ou le train. J’ai appris la patience, j’ai appris à profiter de ce temps qui m’était offert. J’étais heureux ainsi. 28 ans sans voiture ! Un bus par heure ? Attendre une heure est-ce si intolérable ? Un bon livre, une belle conversation et hop c’est passé. Pas la peine de prendre sa voiture pour éviter cela. Profitons de ces moments pour observer autre chose.

A l’école primaire (années 60), le fait d’aller à la cascade de Coo en voyage scolaire, c’était à mes yeux le comble du bonheur. J’avais du mal à m’endormir la veille. Les vacances avec mes parents, c’était les dunes de Blankenberge et c’était fantastique. Maintenant mes enfants ont connu la voiture dès leur naissance et l’avion très tôt dans leur jeunesse. La cascade de Coo est devenue Paris. Blankenberge est devenu Bali. Avons-nous vraiment besoin de tout cela ? Pourquoi ne savons-nous plus nous émerveiller devant des choses simples et proches ? Simplement regarder un film au sujet d’un autre endroit du monde ne peut-il nous suffire ? Faut-il vraiment toujours que nous y allions parce que nous savons nous le payer ? Nous savons très bien que les prix ne reflètent pas les coûts réels pour notre environnement, les coûts cachés. Voilà la véritable dette publique que nous apprêtons à devoir payer.

Pourquoi ne pas profiter du plaisir de ne pas savoir quand on va arriver, de ne pas vraiment savoir où nous allons ? Errer pour le bonheur de se laisser vivre. Sans but, sans à priori, sans montre et sans téléphone.

Le temps c’est de l’argent disent certains, mais que vaut l’argent par rapport aux dérèglements climatiques, par rapport à la perte de biodiversité, par rapport à la perte de spiritualité ou d’éthique, par rapport à la perte de solidarité, par rapport à la perte de la santé ?

Notre rapport au temps doit changer si nous voulons devenir moins énergivores. Et nous devons le devenir si nous voulons survivre et léguer à nos enfants une terre habitable.

Jean-Pierre Jacobs

Grands-parents pour le climat

Août 2018

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