Et nous on fait quoi ?

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••• été 2026

Un voyage en train = un seul billet + des droits renforcés

Le train, c’est pas mal ! Et surtout, c’est écologique ! Mais dès que l’on prépare un voyage transfrontalier où il va falloir passer d’une compagnie ferroviaire à une autre, puis à une troisième, etc., on sent tout de suite que c’est un peu compliqué et risqué : que se passe-t-il si l’on rate une correspondance parce que le train de la première compagnie train a pris du retard ou a été annulé ? La seconde compagnie ne se sentira pas obligée de vous aider ou de vous indemniser : vous étiez absent du quai lors du départ de son train et elle ne se sentira en aucune manière responsable du retard du train de la première.

Par ailleurs, plusieurs compagnies concurrentes peuvent opérer sur le même trajet, parfois au départ de gares différentes (les villes ont souvent plusieurs gares, reliées par métro ou par bus), et avec des prix très différents. Évidemment, aucune société ferroviaire n’est prête à renseigner le voyageur sur l’offre de ses concurrents. Une situation vécue : complètement en rade dans une gare à l’étranger, on s’adresse à un guichet pour essayer de poursuivre son voyage en sautant dans le premier train en partance d’une autre compagnie ferroviaire : allez donc vous adresser à l’agence de cette compagnie, nous répond-on. Et on ne vous dira pas que cette agence est située tout à l’autre bout de la gare, ou même qu’elle n’existe pas au sein de la gare en question.

Pour faciliter la réservation et les voyages en train sur de longues distances, la Commission européenne a présenté le 18 mai 2026 un nouveau plan ambitieux, appelé « un voyage, un billet ». Son objectif est d’augmenter de 5% le nombre d’utilisateurs de trains dans les voyages transfrontaliers en offrant une expérience de voyage plus fluide aux passagers et de contribuer ainsi aux objectifs climatiques de l’UE. Partout en Europe, dans les 27 Etats membres, la Commission veut :

  • permettre la réservation d’un voyage auprès de plusieurs opérateurs ferroviaires sous la forme d’un billet unique, qui pourra être acheté en une seule transaction sur une plateforme au choix du passager
  • protéger complètement les droits des voyageurs – y compris l’assistance, le réacheminement, le remboursement et l’indemnisation – pour les voyageurs disposant d’un billet unique avec différents opérateurs ferroviaires qui ratent leur connexion.
  • introduire de nouvelles obligations pour les plateformes de billetterie et de réservation afin de garantir un accès équitable à la vente de billets et le partage des informations sur les réservations. Les passagers pourront rechercher les offres de différentes compagnies, les comparer et les regrouper en un seul billet.

Quand est-ce que tout ceci se réalisera ? La Commission va soumettre les règlements proposés au Conseil de l’Union européenne et au Parlement européen pour examen suivant la procédure législative habituelle.

Mais le chemin pour que cette réforme aboutisse risque d’être semé d’embûches. Les opérateurs de trains historiques ayant plus de 50% de leur marché national (une trentaine en Europe) pourraient s’y opposer farouchement, avec le sentiment que la Commission européenne veut leur imposer de vendre les billets de leurs concurrents (plus de 200 compagnies ferroviaires privées en Europe). Imaginez la même chose dans le monde des compagnies aériennes : Air France ou KLM contraintes de vendre des billets Ryanair sur leurs sites ! 

Le combat de la Commission s’annonce donc plutôt difficile et son adoption pourrait prendre du temps. Quand elles sont adoptées, les nouvelles obligations devraient entrer en vigueur après un an. Mais le commissaire européen A. Tzitzikostas en charge du dossier a prévenu que les compagnies ferroviaires devront déjà être prêtes à ce moment. Le compte à rebours aura déjà été lancé depuis douze mois pour elles !

En attendant, que faire ? Une enquête au sein de l’Union a montré que deux tiers des voyageurs susceptibles de voyager en train renoncent à réserver leurs billets à cause des complications et optent pour l’avion. Des solutions existent pourtant pour se faire aider. Citons l’exemple de l’agence de voyages Railtrip.Travel à Namur (rue des Carmes, à proximité du cinéma Caméo). Cette entreprise familiale s’est spécialisée dans les vacances en train. Et, cerise sur le gâteau, les voyages qu’elle propose sont classés suivant leurs émissions en CO2 (vraiment rikiki comparé à l’avion) avec, en plus, une compensation carbone assurée par leurs soins.

Philippe Sonnet

L’asbl Cocoricool est un mouvement citoyen parallèle et complémentaire à l’activité économique d’une coopérative de circuit court, du nom de Cocoricoop. Celle-ci réunit des citoyens et des producteurs dans le Condroz pour développer le « bien manger ». Elle est centrée sur les produits locaux, durables et issus de circuits courts. Cette grande épicerie participative est dotée d’un e-shop et d’un magasin physique. Mais pas que.

Au-dessus de l’épicerie, située à Ciney, se trouve en effet une belle salle qu’on appelle « l’Espace Cool » où ont lieu diverses activités. Car une chose est de procurer à la région des aliments sains, de soutenir l’agriculture paysanne, de réduire l’empreinte carbone, autre chose est de former une communauté inclusive et dynamique autour des enjeux de l’alimentation saine et souvent bio !

Quand le coq chante à deux voies

C’est dans un esprit d’ouverture et d’accompagnement concret que la coopérative a lancé l’asbl sœur Cocoricool qui se veut le bras informatif de la Coop ; elle en partage donc tout le projet, sauf le business.

Christine, Anne, Michel, Audrey, Françoise, Céline et bien d’autres organisent des rencontres avec tous les publics et les producteurs. Ils et elles multiplient les partenariats, particulièrement avec les structures encadrant les personnes porteuses de handicaps. L‘Espace Cool s’améliorant peu à peu s’est équipé d’une cuisine où ont lieu des ateliers culinaires et artistiques, de la cuisine sauvage, du yoga du rire, des après-midis festifs en famille, le tout inclusif et intergénérationnel. Mais un autre poste est essentiel, assuré aussi par du bénévolat, c’est la sensibilisation à l’alimentation saine dans les écoles secondaires à Ciney et primaires dans le Condroz namurois. Un jeu intitulé « De la semence à la tartine » (diffusé par le Parc naturel Coeur de Condroz), des ciné-débats apportent d’autant plus de plaisir que les objectifs sont toujours conviviaux et participatifs.

Cocoricoop, avec ses différents points de vente livrés par un e-shop efficace, et Cocoricool, avec ses animations citoyennes au-dessus du magasin, forment ensemble un véritable réseau bonheur. Contrairement à une entreprise classique, la coopérative poursuit un objectif social à impact local, dans une économie juste où les rares bénéfices retournent à la collectivité.

C’est un modèle où l’on ne cherche pas à extraire de la valeur, mais à la faire circuler : entre producteurs et habitants, entre savoir-faire et solidarité, entre alimentation durable et vie culturelle.

En un mot : un écosystème vivant, qui prouve qu’une autre manière de nourrir un territoire – et de faire communauté – est non seulement possible, mais déjà en marche.

Godelieve Ugeux

Cécile de Rijckel, psychologue, fait du récit d’épisodes de nos vies un outil puissant pour renforcer nos capacités intérieures et agir collectivement.

Peur est le premier mot de votre ouvrage, « S’entraider par le récit ». De quoi avez-vous si peur ?
Lorsque j’observe le contexte géopolitique actuel et la crise climatique dans laquelle nous sommes plongés, l’effroi m’envahit. Je ne peux m’empêcher de penser à mes petits-enfants et au monde que nous allons leur laisser. Bien que je tente d’agir à mon humble échelle, ce sentiment d’impuissance demeure face à l’inaction politique. Les mesures qui seraient nécessaires pour contenir le dérèglement climatique ne sont pas prises, et cette absence de décision me laisse pétrifiée. À cela s’ajoute une préoccupation plus intime et douloureuse : ayant une fille d’origine africaine et des petits-enfants noirs, je suis confrontée à la montée du racisme dans notre société occidentale. Ce phénomène ne cesse de s’amplifier et risque de s’aggraver encore avec la progression des migrations climatiques.

Psychologue de formation, vous observez que l’individualisme rend de plus en plus difficile la solidarité humaine. Quelles modalités devraient être adoptées pour favoriser l’entraide interpersonnelle ?
Pendant de nombreuses années, j’ai participé à des groupes d’entraide réciproque fondée sur le récit d’anecdotes de notre vie quotidienne. Le processus que nous avons créé permettait de s’écouter mutuellement dans un temps également réparti. Peu à peu, grâce à la lecture des ouvrages de Paul Ricœur, nous nous sommes aperçus que l’échange de récits d’épisodes de sa vie constituait un moteur puissant pour bâtir son identité narrative.

Un manuel de transition intérieure  

Que veut dire « identité narrative ? »
Il faut d’abord comprendre de quoi est constitué un récit. Nous nous transformons sans cesse, mais nous avons un sentiment de continuité de soi-même. Le philosophe Paul Ricœur a distingué, sans les séparer, deux pôles de l’identité humaine. La mêmeté et l’ipséité qui ont chacun leur mode de permanence dans le temps. La mêmetédésigne l’ensemble de nos caractéristiques culturelles, sociales, psychologiques, fruit d’habitudes que nous répétons. C’est le caractère que nous nous sommes construit.Presque une seconde nature. Ex. je suis impatient ou patient, nerveux ou calme… c’est notre identité subie.
 L’autre pôle de l’identité humaine est l’ipséité, c’est-à-dire la promesse ; le respect de la parole donnée quelles que soient les vicissitudes de la vie ou nos habitudes de caractère. J’ai promis, je me maintiens. Nous retrouvons cela dans l’amitié. L’ipséité est donc le pôle de l’identité voulue.
Dans un récit, je raconte ce que j’ai fait et comment je l’ai fait avec mes habitudes de caractère. Et un récit ne déploie tous les ferments de transformation de soi que s’il est repris maintes et maintes fois. Je dis bien « repris » et non « répété ». Il devient vecteur d’identité, d’où le terme d’identité narrative.

Comment cela se passe-t-il ?
Même dans un tout petit épisode qu’on raconte, c’est toute notre vie qui se précipite à nos yeux. Avec ses valeurs, son caractère, ses souffrances et ses réussites comme ses joies. Par exemple, à 26 ans, en voyage en Inde, dans un train, j’avais en face de moi un Américain. Les fenêtres étaient ouvertes. Une petite fille passe la main par la fenêtre et s’empare de la tartine que le gars tenait en main Fureur du touriste. « Qu’est-ce que c’est ce pays où on me prend la nourriture de la bouche ? » Jubilation de voir que cette petite fille allait manger à sa faim. Tristesse d’être témoin de tant de pauvreté. Sentiment narquois vis-à-vis de cet Américain. On peut imaginer que le récit qu’en ferait cet homme aujourd’hui ne serait pas le même que je suis en train de faire. On peut deviner les valeurs sous-jacentes propres à l’un et l’autre récit. Ce que je veux dire par là, c’est que dans un récit, même anecdotique, le sens qu’on donne à sa vie se construit et se devine. On peut imaginer que si cet homme raconte la même anecdote aujourd’hui, ce n’est pas avec les mêmes affects, peut-être regrette-t-il d’avoir hurlé sur cette petite fille ? Et c’est bien le récit et la reprise de ce récit qui permet la retransformation de soi.

Levier pour créer du lien, dépasser la peur et retrouver la capacité d’agir

Vous dites : « partager son histoire, c’est déjà prendre soin du monde ». Or, l’individualisme et la quête du bonheur personnel minent nos sociétés. Donc, « c’est nous-même que nous devons transformer ». Comment se passe une séance autour du récit ?

Le récit se présente en trois temps nécessaires à la configuration de notre expérience. Le temps du vécu où le récit est à peine ébauché (1), le temps où nous donnons forme et sens à notre expérience vive (2); et enfin le temps de l’écoutant (3). Le récit ne devient moteur de changement que s’il est adressé, non devant quelqu’un, mais à quelqu’un qui l’écoute avec bienveillance. Ce dispositif d’écoute réciproque, loin d’une simple addiction de narcissismes, permet à chaque partenaire non seulement d’entendre la souffrance de l’autre, mais d’épouser de l’intérieur l’histoire de l’autre. Pour écouter, tu es obligé de te décentrer de toi, de renforcer ta tolérance. Ta vision du monde s’enrichit. Ton horizon de vie s’élargit. L’échange de récits demande un partage égal du temps, et il n’y a pas de hiérarchie entre les partenaires. C’est à ces conditions que le récit constitue la pierre phare d’un processus d’entraide mutuelle et un moteur de transformation personnelle. Et pas seulement. C’est un processus collectif. L’ensemble des membres du groupe prend en charge le fonctionnement du groupe et l’avancement de chacun. Il se dégage une force éthique de transformation dont le monde contemporain à urgemment besoin. « L’action citoyenne ne se cantonne pas à la relation à soi et à la relation personnelle à autrui, présent dans le face à face. Elle doit être aussi engagée dans le rapport à l’autre, absent, anonyme, innombrable. Car c’est l’institution et de proche en proche toute la société que nous voulons modifier dans nos actions citoyennes. »

Le récit est un moment de reconnaissance de soi par soi. Raconter me permet de surmonter la dislocation et la dispersion de soi.
C’est donc toute notre vie qui se précipite dans nos récits avec ses dimensions variées faites de ruptures, de déchirures, de déceptions, mais aussi d’idéal, de rêve ou d’utopie. Certes, nos récits sont nourris par notre passé proche ou lointain, mais pas uniquement. Ils puisent également leurs sources et leurs dynamiques dans la puissance de nos désirs profonds. Plus précisément dans notre projet de vie, même si celui-ci se révèle confus, instable et incertain. Si apparemment insignifiante que soit l’anecdote racontée, c’est pourtant bien la globalité de notre vie qui se donne à apparaître et l’entièreté de celle-ci qui s’esquisse. En effet, tout en racontant, nous témoignons de la direction que nous voulons donner à notre vie, voire même vers laquelle nous désirons infléchir les affaires du monde. 

Cécile de Ryckel, « S’entraider par le récit pour un monde en transition », Couleur livres, 2019.

Godelieve Ugeux

Enquête sur le système qui façonne notre inertie.

Voici un petit livre qui parlera à pas mal de Grands-Parents pour le Climat : l’éducation au climat que reçoivent nos petits-enfants à l’école les prépare-t-elle à une quelconque efficacité en tant que citoyens vis-à-vis du climat ? Ou bien fournit-elle essentiellement un « curriculum zéro » pour le climat ? Comment expliquer l’écoanxiété des jeunes ?

L’auteur du livre, Hugues Draelants, est un sociologue. On n’y trouvera donc pas un recueil de recettes de « pédagogie verte » tel que pourrait sans doute le rédiger l’un ou l’autre spécialiste des sciences de l’éducation. Pas non plus de discours incantatoire sur les vertus de l’école ou un pamphlet polémique sur l’évolution de l’enseignement. L’approche est plutôt celle d’un observateur qui analyse le système dans lequel s’inscrit l’école. Un système où « l’accumulation de preuves scientifiques ne suffit pas pour créer un consensus politique ». Un système qui engendre l’inertie face à la catastrophe climatique.

Pourquoi cette inertie face au climat ?
« L’inertie n’est pas la conséquence d’un défaut d’information, ni d’une simple guerre culturelle, mais le produit d’une invisibilisation, un ensemble de processus sociaux, techniques et culturels organisent collectivement la déconnexion entre le savoir abstrait (ce que nous lisons dans les rapports) et l’expérience vécue (ce que nous éprouvons au quotidien). Ce système génère une « écologie perceptive » particulière où l’inaction devient la réponse la plus logique et la plus confortable à la crise. » 

L’auteur nous entraîne dans une analyse de cette invisibilisation. Une enquête lucide et éclairante, captivante du début à la fin, rédigée de façon concise et accessible et qui est le résultat de quatre années de recherche avec son équipe de doctorants et de mémorants.

Zoom sur trois chapitres
Trois chapitres ne manqueront pas de susciter l’intérêt des Grands-Parents, et plus particulièrement de ceux qui sont actifs dans l’axe Transmission. Le chapitre 6 analyse la célèbre Fresque du Climat. Le chapitre 7 traite de la bande dessinée sur le climat (deux albums bien connus : « Un mode sans fin » et « Une saison brune »). Enfin, le chapitre 8, sur les réseaux sociaux, comporte une analyse des postures des scientifiques, « … quatre manières singulières d’habiter le rôle de scientifique dans l’espace public », avec un portrait saisissant de « l’expert de combat » incarné par François Gemenne.

Des scénarios qui ignorent l’éducation au climat
L’ouvrage se termine sur une question qui, à notre connaissance, n’est que très rarement, sinon jamais, posée : comment se fait-il que l’éducation, dans ses effets positifs, ne soit pas prise en compte dans les scénarios prospectifs (les IAM, Integrated Assessment Models) sur lesquels se basent tous nos gouvernements pour décider leurs investissements face au climat ? La réponse est parce que « ce qui n’est pas traduit en équivalents-carbone ou en retour sur investissement demeure minoré dans les tableaux de bord de la gouvernance climatique mondiale ». L’auteur conclut : « Re-visibiliser l’éducation, … c’est exiger que l’on traite l’éducation avec le même sérieux métrologique que le prix du carbone ou le rendement des panneaux solaires. Non pour la sacraliser, mais pour lui donner les moyens de son existence politique. » Hugues Draelants, Éduquer pour le climat ? Pourquoi savoir ne suffit pas pour agir, Les Presses de Sciences Po, 147 pages, 2026, 14€
Hugues Draelant est sociologue de l’éducation et professeur à l’UCLouvain.

Addendum : Qu’est-ce que serait un « bon » IAM ? La leçon du jeu 2Tonnes
Plusieurs Grands-Parents pour le Climat ont déjà eu l’occasion de participer à un atelier 2tonnes. Ce jeu a pour originalité de tenir compte des investissements dans l’éducation pour calculer, avec son propre IAM, les trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre tant au niveau individuel qu’à l’échelon national. Vers la fin du jeu, on se rend compte que si les joueurs n’ont pas suffisamment investi dans l’éducation pour le climat, il n’y aura pas moyen d’amener l’ensemble de la population de la France à atteindre l’objectif de deux tonnes de CO2 émises par an et par habitant en 2050. Pour beaucoup de participants à l’atelier 2tonnes, c’est-là une véritable révélation !

Philippe Sonnet


Ils sont trois à bloquer pendant de longues secondes l’entrée de la maisonnette à graines, bricolée avec quelques planchettes. Un quatrième moineau tente de s’y faufiler, faisant du sur place en battant des ailes, tandis qu’un cinquième attend une opportunité, en embuscade sur le côté. Pas moyen de faire tenir un quatrième dans la petite niche ! Un autre passereau observe la scène, dissimulé sur une branche du cerisier, alors qu’une petite escouade picore dans l’herbe les graines tombées d’en haut. Altercations légères, frôlement d’ailes, poursuites éclairs : ce petit jeu m’amuse un bon moment.

Mais voilà qu’un tout jeune moineau, juste arrivé, fonce sans hésiter vers l’entrée de la mangeoire, prêt à en découdre. Les ailes s’excitent, qui cédera, qui s’entêtera ? Le plus fort ou le plus malin ? Dans la haie, une nuée de moineaux à peine observables, saute d’un rameau à l’autre en attendant son tour.

Puis brusquement tout le monde s’en va ! La mangeoire s’est vidée d’un coup. Une mésange charbonnière apparaît et opère un atterrissage sur le bord du petit toit, se penche pour voir, hésite, pas trop audacieuse. Puis disparaît sans rien prendre.

Oui, les oiseaux se disputent bel et bien à la mangeoire, se chamaillent, se querellent, se bousculent, s’agressent entre individus d’une même espèce ou d’espèces différentes. Mais ce ne sont que petites rivalités qui s’envolent sans conséquence.

Microconflits, macrorésonances

À la fenêtre de la cuisine, j’ai vu se jouer comme une scène de théâtre : miroir discret de nos propres rôles. Oui, les humains tournent eux aussi autour de leur mangeoire : si ce n’est pour la nourriture, le territoire, l’eau ou l’énergie, ce sera pour un rêve ou contre une peur. Ils agitent leurs plumes intérieures, se heurtent, se défient   — minuscules tempêtes qui, sur la place publique (les réseaux sociaux en tête), prennent des proportions démesurées.

À la mangeoire des humains, ce ne sont pas les ailes qui s’entrechoquent, mais les ego, les attentes, les manques —parfois aussi, un élan d’amour ou un geste de compréhension. Nous sommes des oiseaux compliqués traversés de besoins anciens et de désirs trop vastes pour nos perchoirs étroits.

Chez les oiseaux, la rivalité est brève, fonctionnelle, sans rancune : un éclat, un battement d’aile, puis chacun retourne à sa vie. Ils ne peuvent pas interroger leurs propres gestes, ni comprendre ce qui les pousse ! L’humain, lui, en a la capacité… Nous pouvons nommer nos rivalités, les comprendre, les désamorcer. Nous pouvons inventer d’autres manières de partager, créer des règles, des institutions, des solidarités — transformer la mangeoire en table commune.

C’est peut-être cela, au fond, le propre de l’être humain : ne pas rester prisonnier de ses réflexes, refuser la réponse coup pour coup, faire l’effort de lucidité et d’exigence éthique. Sortir de la logique de la mêlée, choisir la hauteur plutôt que l’instinct.

Ainsi les oiseaux qui, par un coup d’aile…

Godelieve Ugeux


••• Mars 2026

Il fallait, en 2026, remplacer notre vieille Diesel qui ne pouvait plus pénétrer dans certaines villes.
À la campagne, vu le peu de transports communs, une voiture reste indispensable. Laquelle choisir ?

Les hybrides ne sont pas la solution, car ils sont lourds : ils emportent deux réservoirs d’énergie (le réservoir d’essence et le réservoir d’électricité, c’est-à-dire la batterie) et deux moteurs dont l’un sert peu. Il a en effet été observé que les conducteurs privilégient, pour la plupart, le moteur thermique aux dépens du moteur électrique. Se rendre à la pompe est une habitude facile, acquise depuis longtemps. Le réservoir d’essence est plus rapide à remplir que la batterie. Et il promet de rouler davantage de kilomètres en autonomie que la batterie électrique. Pourquoi la masse de la voiture hybride est-elle un désavantage ? La physique nous enseigne que la masse d’un corps est ce qui résiste à son accélération. Chaque fois que l’on donne un coup d’accélérateur, le moteur doit surmonter cette résistance à l’accélération. Une voiture lourde consomme de ce fait plus d’énergie qu’une voiture légère. Il suffit de penser au nombre de coups d’accélérateur que l’on doit donner pour faire un kilomètre en ville !

Donc, nous décidons, après avoir collecté beaucoup d’informations, que le « tout électrique » est une bonne décision écologique (pour autant, bien entendu, que l’électricité ne soit pas produite avec des énergies fossiles qui génèrent des gaz à effet de serre). Nous sommes vertueux : pas de CO₂ généré durant l’utilisation et très peu de particules fines envoyées aux passants et aux vélos que forcément nous dépassons régulièrement. Mais, me reproche une amie, « Tu oublies l’impact écologique de la batterie dont la fabrication est très énergivore avec l’extraction des métaux par des enfants ! » Je consulte autour de moi et il se confirme que la fabrication d’une voiture électrique émet pratiquement deux fois plus de CO2 que celle d’une voiture thermique (essence ou diesel). Mais, correction importante, ma voiture produit trois fois moins de CO2 qu’une voiture à essence, et ce durant tout son cycle de vie. De plus, les métaux que contient la batterie peuvent être récupérés relativement facilement en fin de vie de celle-ci. Cela me réconforte. Et puis, l’entretien plus léger (pas de vidange, moins de pièces mobiles) permet d’oublier le garage. Et la taxe de circulation est très faible en Wallonie et à Bruxelles.

Un plaisir nouveau

Si l’achat est coûteux — malgré le choix d’une voiture de direction—, on se réjouit du silence dans notre carrosse, de son moteur doux même en accélération immédiate. Nous n’entendons plus de vibrations ni de bruits mécaniques. Nous savourons la conduite souple sans changement de vitesse à actionner :  pas de pédale pour le pied gauche, seulement une pédale d’accélération et une pédale de frein pour le pied droit. Démarrage simple avec un sélecteur R – N – D pour les marches arrière (R) et avant (D). Plus un neutre(N) pour le parking à l’arrêt. Avec si peu de contrainte, l’esprit n’est plus occupé à prévoir l’enclenchement de la vitesse appropriée et le bras droit peut rester sur le volant. Facile d’adopter une écoconduite, d’autant plus qu’avec le freinage régénératif, quand onrelâche la pédale d’accélérateur, la voiture ralentit progressivement, sans même appuyer sur le frein. De plus, ce freinage recharge la batterie au passage.

Le hic de la borne

Là, commencent les difficultés pour les néophytes ! Nous avons fait installer une borne électrique et des panneaux solaires alors que ce n’était pas prévu. Mais les moments où il faut recharger la voiture sont parfois source de stress. Nous avons une carte d’accès à notre borne, mais son emploi peut être contrarié par l’un ou l’autre paramètre qui nous échappe lorsqu’on veut programmer les temps de charge avec le téléphone. Mais on finit toujours par trouver après analyse soigneuse de la situation. Quand il y a eu du gel, il est arrivé que la voiture se soit complètement bloquée : impossible de démarrer. Puis le chauffage a été en panne pendant un bon moment. Pour apprendre par la radio que la voiture électrique supporte mal le gel. Lors des pluies diluviennes récentes, la logette où on introduit le pistolet se remplissait d’eau. Nous devons convenir qu’un carport pourrait s’avérer indispensable.

Rouler c’est prévoir

Le tout électrique exige du conducteur ou de la conductrice une attention à la consommation qui se lit en kilométrage et en pourcentage de batterie. Une vie de retraité ne se déroule pas selon des horaires fixes de travail. Nos déplacements varient d’un jour à l’autre, mais, heureusement, dépassent rarement un aller-retour de 200 km. Il est nécessaire d’anticiper quotidiennement une marge de réserve suffisante, dans la mesure où une batterie entièrement chargée ne garantit pas une autonomie supérieure à 330 kilomètres. La consommation fluctue, nous a-t-on dit, selon le type de trajets, la charge de passagers et la température du chauffage. Pour les longs déplacements, il existe de plus en plus de bornes électriques sur les routes. Toutes n’ont pas le même temps de recharge, mais en la matière l’infrastructure progresse.

Gadgets ou pas

Le modèle de notre voiture, une Peugeot e-2008, est un choix raisonnable pour un couple de retraités. Nous avons les nouveautés de sécurité des voitures d’aujourd’hui. D’où un large écran tactile où il faut jouer avec trois doigts pour faire défiler les écrans de navigation, luminosité, téléphone, médias, phares automatiques, chauffage, essuie-glace, jeux, etc. Il faut souvent s’y reprendre à trois fois pour atteindre une fonction ou faire apparaître l’icône souhaitée. Cela distrait de la route et demande de la mémoire et parfois même de la dextérité, car l’écran est très sensible et réagit au moindre effleurement, ce qui perturbe le processus qu’on espère avoir maîtrisé.

En conclusion, pour la voiture électrique ou thermique ? Match reporté ! Notre voiture, acquise il y a quelques mois, n’a pas encore livré tous ses secrets. Ce n’est pas évident à un âge avancé de s’initier à de nouvelles fonctionnalités qui font largement usage de l’électronique. Si nous ne regrettons pas d’avoir fait le choix de réduire notre empreinte carbone tout en profitant d’un coût d’usage raisonnable, une crainte nous trouble au niveau des politiques énergétiques. En effet, les stratégies du secteur automobile en réaction à la décision européenne de ne pas complètement écarter les moteurs thermiques en 2035, sont variables ; certaines marques maintiennent leur objectif du tout électrique et d’autres réinvestissent dans le thermique ou l’hybride.

On peut se demander si faire un pas en avant puis refaire un pas en arrière, c’est vraiment faire œuvre pour une transition ou bien fait-on beaucoup de vent pour oublier qu’on ne l’a pas fait, cette transition indispensable à la planète.

Là, maintenant, je vais charger la voiture, car il est 11 heures du soir et on est en heure creuse. Là aussi il faut s’habituer à d’autres comportements de consommation !

Godelieve Ugeux

Sur l’étalage de ma librairie favorite, le bandeau éditeur de ce livre m’intrigue.

Comme pour les romans à la période des prix littéraires, le bandeau rouge est amovible. Je le soulève et je découvre sur le bas de la couverture que ce livre a reçu le prix du Livre d’Écologie Politique 2024 et le Prix de l’essai d’EcoloObs. Je me renseigne : l’auteur est un historien. Tiens, je croyais dur comme fer que les historiens ne s’intéressaient qu’à l’histoire humaine, sociale, culturelle ou politique, aux guerres, aux dates des traités de paix et aux biographies des grands personnages. Quand allaient-ils s’intéresser au côté matériel, physique, technologique, environnemental et suivre à la trace comment notre civilisation s’est fourvoyée dans la situation terrible qui est la sienne actuellement ?
Le titre du livre me confirme que j’ai eu la main heureuse en soulevant cet ouvrage : « Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie ». Et je l’emporte en me demandant tout de même pourquoi le « sans transition » du titre. La transition n’est-elle pas dans l’esprit tous quelque chose d’attendu, et même de désirable, dont on nous certifie qu’elle est déjà bien en route ?

J’acquiers donc le livre et le dévore avec un formidable appétit. Comme l’écrit une lectrice sur le site de la FNAC : « Jean Baptiste Fressoz – c’est l’auteur en question – déconstruit magistralement la « fameuse » transition énergétique avec autant d’entrain qu’un détective sur une piste de crimes écologiques ».

Ayant refermé la dernière page du livre, je consulte la biographie de Jean-Baptiste Fressoz, et commande derechef un autre de ses ouvrages. Celui-ci, coécrit avec Christophe Bonneuil, porte le titre : L’évènement anthropocène. La Terre, l’histoire et nous. Tiens ! Voici deux historiens qui font le lien entre le temps court (l’histoire humaine, quelques milliers d’années) et le temps long du géologue (plusieurs centaines de millions d’années). Et pourquoi parlent-ils d’anthropocène en le qualifiant « d’évènement » ? Je découvre que c’est parce qu’ils veulent contrer le récit complètement dépolitisé d’une « humanité » homogène qui en serait responsable, en montrant plutôt le rôle des acteurs industriels et les trajectoires de croissance sur plusieurs siècles.

En conclusion, voici deux ouvrages accessibles à tous, dans un langage élégant et limpide, qui est magnifiquement maîtrisé. Rien de superflu, rien que de l’essentiel. Tout le contraire de certains ouvrages d’histoire qui ne sont qu’une suite indigeste d’évènements, de chiffres, de recherche de précurseurs, de jalons historiques et d’érudition. On est ici dans un récit qui analyse l’histoire des choix matériels qui ont été opérés à différents moments alors qu’il y avait des alternatives, des voies différentes et déjà des critiques de la part de la société civile. En définitive, ces deux ouvrages répondent à une question fondamentale : comment trouver une issue à l’impasse dans laquelle nous nous sommes fourvoyés si nous ne savons pas pourquoi, comment et à la suite de quelles décisions nous en sommes arrivés là ?

Jean-Baptiste Fressoz, 2024 : « Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie », Seuil, Collection Ecocène, 416 pages, 13€ en format poche ou disponible sur liseuse du genre Kindle.

Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, 2016 : « L’Événement Anthropocène. La Terre, l’histoire et nous », Points, Collection Points Histoire, nouvelle édition révisée et augmentée de deux chapitres inédits, 336 pages, 10€ format poche ou disponible sur liseuse du genre Kindle.

Philippe Sonnet

Vois le monde qui change ! Ce que je veux que tu saches pour demain.

Un ouvrage pédagogique pour comprendre le changement climatique ainsi que les grandes notions importantes. Savoir par exemple faire la différence entre climat et météo, ou comprendre les mécanismes en chaîne qui impactent durablement le climat.

Très accessible et très pédagogique, ce livre permet d’appréhender les grands principes du sujet et de déconstruire quelques idées reçues.

Jean-Marc Jancovici, ingénieur-conseil et enseignant, rend accessible la question des changements climatiques, au travers d’un ouvrage construit sous forme de dialogue : un père répond aux questions de sa fille, des questions que nous nous sommes déjà tous posées. Cet ouvrage balaie en toute simplicité plusieurs thématiques, de l’effet de serre, à la montée des eaux, en passant par la canicule, la disparition de certaines espèces ou encore le pétrole. La dernière partie aborde les défis d’aujourd’hui pour demain, pour les enfants et adultes : la formation, l’emploi, la mobilité…

Contenant uniquement du texte, écrit dans un style dynamique et très compréhensible, ce petit ouvrage intéressera tant les adolescents curieux que les parents ou les enseignants du secondaire à la recherche d’un outil pour mieux expliquer l’état et l’avenir de la planète.

Pas seulement parce qu’il propose un état des lieux parfaitement clair de la planète – ce qu’ils ne trouvent pas encore à l’école ni dans les médias –, mais surtout parce que la nécessaire révolution des modes de pensée les concerne au premier chef. La raréfaction du pétrole et le réchauffement climatique vont tout changer : habitat, transports, alimentation, métiers, façons de vivre et de consommer. Catastrophe écologique puis sociale ? Si rien n’est fait, assurément. Mais aussi merveilleuse occasion de libérer sa créativité et son imagination et de réfléchir en toute connaissance de cause à son métier de demain. Les « drogués du pétrole » que sont les parents d’aujourd’hui auront-ils des enfants plus clairvoyants et plus sages ? Ce livre, mis à jour en fonction des dernières recherches sur le changement climatique et les moyens de le maîtriser, peut y contribuer.

JANCOVICI Jean-Marc, Le changement climatique expliqué à ma fille, éditions Seuil, édition revue et augmentée, mai 2017 (100 pages, 8€)

https://www.seuil.com/ouvrage/le-changement-climatique-explique-a-ma-fille-jean-marc-jancovici/9782021365740



Michel Cordier


••• Décembre 2025

Y a-t-il moyen de se passer d’une « clim » à la maison ?

Qui n‘a pas rêvé d’un living largement éclairé par de grandes baies vitrées donnant vers le sud. En hiver, le moindre rayon de soleil baigne la pièce d’une douce chaleur. La chaudière et les radiateurs se mettent rapidement à l’arrêt. Et la belle luminosité permet de lutter efficacement contre la dépression saisonnière, ce syndrome dû au manque de lumière hivernal.

En été, cependant, on subit le revers de la médaille.  Les rayons du soleil rendent rapidement la chaleur insupportable, particulièrement durant les épisodes de canicule. Lorsque l’on demande conseil à un chauffagiste-installateur de climatisation, celui-ci propose invariablement d’installer un système d’air conditionné. Mais cette solution est chère et représente une consommation d’énergie importante. Les épisodes de chaleur extrême devenant de plus en plus fréquents, la gestion de la chaleur dans les habitations devient un véritable enjeu de santé publique.
Il y a une solution simple, peu connue dans nos pays, mais qui est beaucoup utilisée dans les pays du sud : les stores extérieurs.

Dans cet article, on relate une expérience d’installation de ce genre de stores.

Photo 1 : une baie vitrée de 6,5 m de long orientée plein sud et l’un des deux Velux dans la pente du toit.

Voici un living avec une large baie vitrée de 6,5 m de longueur (photo 1). Du triple vitrage a été installé, avec une qualité spéciale à grande transparence pour les rayons thermiques (infrarouge), afin de bénéficier au maximum de la chaleur transmise par le moindre rayon de soleil en hiver. De plus, deux fenêtres de toit de type « Velux » contribuent également à la luminosité et au réchauffement de la pièce. Tout est donc agencé pour l’hiver et, avec un toit refait pour l’isolation, ceci a amené à diviser par trois les frais de chauffage de la maison. En été, cependant, ces surfaces vitrées représentent un casse-tête. Comment gérer l’excès de chaleur. Au plus fort des canicules de l’été passé, la température de la surface intérieure des vitres pouvait atteindre 50°C !

Année après année, l’expérience venant, voici le récit des étapes successives et ce qui a été appris à chacune des étapes, jusqu’à arriver à la solution définitive du problème.

1) Installation de rideaux épais et de couleur claire (Photo 2). L’effet espéré était de faire barrière aux rayons solaires par l’intérieur et de bloquer la chaleur rayonnée par les vitres lorsqu’elles se sont échauffées.
Résultat : inefficace après quelques heures de soleil.

Photo 2 : Le premier dispositif testé : un rideau épais de couleur claire.

2) Ajout de volets roulants extérieurs complètement occultant aux « Velux » (photo 4). En été, dès qu’il y a trop de soleil, les volets sont actionnés à l’aide d’une télécommande.
Résultat : cela améliore les choses, mais pas suffisamment, la surface des Velux étant relativement petite par rapport à celle des baies vitrées.


 

Photo 3 : Les stores vus de l’extérieur, face claire vers le soleil, dont l’un à moitié relevé au premier plan.

3) Installation de stores extérieurs. Il s’agit de stores roulants semi-transparents (photo 3) d’une couleur claire vers l’extérieur et foncée vers l’intérieur. Ici, ils sont de la marque Roma.
Résultat : cette fois-ci la solution est trouvée : on bloque les rayons du soleil en les faisant se réfléchir sur le côté clair du store vers l’extérieur AVANT qu’ils ne touchent les vitres. Étant semi-transparents, les stores permettent de continuer une vie normale dans la pièce sans éclairage (photo 4). Et la température ne s’élève plus de façon incontrôlée !

Photo 4 : La solution définitive : le store entièrement fermé, vu de l’intérieur. Étant semi-transparent, il permet de vivre normalement dans la pièce sans devoir allumer l’éclairage. Les volets roulants extérieurs des Velux sont abaissés.

Durant le pic de la dernière canicule, il a été possible de conserver à l’aide de ce système une température ne dépassant pas 25°C en fin de journée dans la pièce (en gardant également abaissés les volets roulants des Velux). La nuit, seuls les Velux étaient grand ouverts pour que la pièce se remplisse d’air frais (pour profiter de la propriété qu’a l’air froid de s’écouler vers le bas et de remplir ainsi la pièce comme une baignoire).
Les stores extérieurs sont motorisés et contrôlés par télécommande, ce qui rend l’opération facile. On ne les déroule bien sûr pas en hiver (sauf si les petits-enfants demandent d’assombrir la pièce pour mieux profiter de leur dessin animé sur la télévision).

Conclusion : si vous avez des pièces orientées sud et que vous ne parvenez pas à gérer les problèmes engendrés par les canicules, le premier réflexe ne devrait pas être d’aller voir votre installateur de chauffage-climatisation. Allez plutôt vous renseigner chez un installateur de stores enrouleurs extérieurs (également appelés screens solaires extérieurs ou stores toile) !

Philippe Sonnet

On pourrait se poser la question : pourquoi des grands-parents se mobilisent-ils pour le climat ? Quelles paroles peuvent-ils apporter à la lutte contre le dérèglement climatique ?

J’y vois trois motivations au moins.
Tout d’abord, nous sommes des témoins du temps passé. Celui où nous ne connaissions ni le lave-vaisselle, ni le lave-linge, ni la télé bien sûr, etc.  Encore moins les voyages en avion pour les vacances. Bref, sans le savoir, nous pratiquions la sobriété heureuse.

Malheureusement, enivrés et sans doute aveuglés par les progrès techniques qui facilitaient la vie de nos mamans et papas. Finies ces lessives et ces vaisselles à la main, la tonte mécanique du gazon, etc., nous nous sommes laissés emporter par une consommation excessive qui a contribué à l’impasse climatique que nous connaissons aujourd’hui. Notre génération est-elle coupable, sans doute non. Responsable oui ! Aveuglement, bien compréhensif, lorsqu’on pense que nous sortions de la Deuxième Guerre mondiale et de tous ses sacrifices.

Raconter cela à nos enfants et petits-enfants constitue vraisemblablement pour eux un moyen de comprendre le présent.

A l’automne de notre vie

Ensuite, à l’automne ou l’hiver de notre vie, nous sommes davantage confrontés à notre vulnérabilité. L’assumer n’est pas facile, mais néanmoins essentiel.

Nos codes sociaux n’ont-ils pas fait de l’adulte autonome le modèle de l’individu accompli ? L’autonomie, l’indépendance et l’autosuffisance ont été privilégiées, voire idéalisées comme les principales valeurs morales du vivre ensemble, effaçant du même coup les facteurs d’interdépendance et de vulnérabilité qui jalonnent toute vie humaine.

Or nos sociétés se trouvent dans une période de grande vulnérabilité : des scientifiques craignant même pour la survie de notre espèce. Agés, nous sommes, comme les jeunes enfants plus menacées par les canicules de l’été, les inondations du printemps et de l’hiver ou d’autres catastrophes climatiques.  Mais quel témoignage puissant pouvons-nous ainsi livrer ! Nous avons besoin des autres ; autonomie, interdépendance et vulnérabilité loin de s’opposer se complètent et se nourrissent mutuellement. Voilà une parole forte dont notre société a besoin aujourd’hui si nous voulons que notre Terre reste vivable.

Nos modèles et les leurs


Et j’en viens au troisième point. Sans le savoir, ou tout au moins sans que nous soyons maitres de ce que nous laissons aux générations futures, nos comportements publics et privés ont imprégné les générations qui nous succèdent. Pour le meilleur comme pour le pire ! Et ce, sans que nous ayons aucun contrôle sur les modèles qui deviendront les leurs. Peut-être est-ce là une lourde responsabilité que nous avons entre nos mains ! Peut-être aussi, est-ce là une grande partie de ce qui nous motive comme ainés, comme aïeuls, comme grands-parents : « Nos grands-parents ont fait des « conneries », ils nous ont emmenés dans une voie sans issue, mais ils se sont aussi battus avec toutes leurs forces vieillissantes pour réorienter le monde vers une conscience grandissante de notre interdépendance aux autres et à la Nature. » Voilà le message que j’aimerais léguer à mes petits-enfants !

Pour l’équipe uccloise des GPC,

 Cécile de Ryckel 

Pourquoi des grands-parents se mobilisent-ils pour le climat ? Quelles paroles, peuvent-ils bien apporter à la lutte contre le dérèglement climatique ?

Cécile de Ryckel propose une approche en trois orientations.

Tout d’abord, nous sommes témoins du temps passé. Celui où nous ne connaissions ni le lave-vaisselle, ni le lave-linge, ni la télé bien sûr. Encore moins les voyages en avion pour les vacances. Bref, sans le savoir, nous pratiquions la sobriété heureuse. Malheureusement, enivrés et sans doute aveuglés par les progrès technologiques de l’âge d’or de la croissance des trente glorieuses, nous nous sommes laissé emporter par une consommation excessive qui nous a menés à l’impasse climatique que nous connaissons aujourd’hui. Notre génération est-elle coupable, sans doute non. Responsable oui. Aveuglement, bien compréhensif, lorsqu’on pense que nous sortions de la Deuxième Guerre mondiale et de ses sacrifices.
Raconter cela à nos enfants et petits-enfants constitue vraisemblablement pour eux un moyen de comprendre le présent.

À l’automne de notre vie

Nous sommes davantage confrontés à notre vulnérabilité. Tâche pas facile, mais néanmoins essentielle. Nos modèles sociaux n’ont-ils pas fait de l’adulte autonome le paradigme de l’individu accompli ? L’autonomie, l’indépendance et l’autosuffisance furent privilégiées, voire idéalisées comme les principales valeurs morales qui doivent présider au bon vivre ensemble, oblitérant du même coup les facteurs de dépendance et de vulnérabilité qui jalonnent toute vie humaine.

Or nos sociétés se trouvent dans une période de grande vulnérabilité : certains scientifiques craignant même pour la survie de notre espèce. Âgés, nous sommes, comme les jeunes enfants plus menacées par les canicules de l’été, les inondations du printemps et de l’hiver ou d’autres catastrophes climatiques.  Mais quel témoignage puissant pouvons-nous ainsi livrer ! Nous avons besoin des autres ; autonomie, dépendance et vulnérabilité loin de s’opposer se complètent et se nourrissent mutuellement. Voilà une parole forte dont notre société a besoin aujourd’hui si nous voulons que notre Terre reste vivable.

Nos modèles et les leurs

J’en viens au troisième point. Sans le savoir, ou tout au moins, sans que nous soyons maitres de ce que nous laissons aux générations futures, nos comportements publics et privés imprègnent et ont imprégné les générations qui nous succèdent. Pour le meilleur comme pour le pire ! Et ce, sans que nous n’ayons aucun contrôle sur les modèles qui deviendront les leurs. Peut-être est-ce là une lourde responsabilité que nous avons entre nos mains !   Peut-être aussi, est-ce là une grande partie de ce qui nous motive comme ainés, comme aïeuls, comme grands-parents : « Nos grands-parents ont fait des conneries, ils nous ont emmenés dans une voie sans issue, mais ils se sont aussi battus avec toutes leurs forces vieillissantes pour réorienter le monde vers une conscience grandissante de notre dépendance aux autres et à la Nature. Voilà leur humble sagesse !

Pour l’équipe uccloise des GPC,

Cécile de Ryckel

Depuis que Mamy est allée écouter une conférence sur les causes du réchauffement climatique, elle ne voit plus les actualités comme avant.

Elle est choquée de voir tous ces gens, dès le mois d’octobre, sortir hilares des magasins avec des sacs bourrés de « décorations de Noël », de bonshommes rouges en polyester et de cadeaux en plastique Made in China. Les publicités qui présentent une abondance presque écœurante de « repas de fête » lui donnent la nausée. Elle en parle avec sa fille cadette.

− Lucie, je me demande comment organiser notre réveillon en famille. Je voudrais faire quelque chose de différent, de moins consommatoire, de plus durable… Qu’en penses-tu ?

Lucie est l’artiste de la famille, la plus contestataire. Elle embraye tout de suite, comme sa mère s’y attendait.

− Super-idée, Maman ! On peut imaginer des tas de trucs créatifs, impliquer les petits-enfants ! Je vais y réfléchir. Mais Antoine et Mireille vont renâcler, tu ne crois pas ?

Antoine est le fils aîné. Amateur de grosses voitures et de voyages lointains, il n’est pas très concerné par les questions climatiques ni par l’hyperconsommation. Il a trois enfants. L’aîné, Martin, vient d’entrer à l’Université où il fréquente un groupe Extinction-Rébellion, ce qui énerve son père. Mireille, divorcée avec deux petits garçons, est en burn-out professionnel depuis six mois. Elle confie souvent ses gamins à leurs grands-parents, quand elle n’a pas envie de cuisiner ou veut dormir tard.

Une semaine plus tard, une Lucie enthousiaste débarque chez sa mère.

− Maman, j’ai plein d’idées. On devrait rédiger une charte qu’on joindrait aux invitations.

Et voilà les deux femmes qui rédigent leur « charte » sur la table de la cuisine, rivalisant de trouvailles…

La charte, vous la devinez : chacun apporte un plat, préparé à la maison avec des produits locaux et de saison. Un seul cadeau par personne, acheté obligatoirement en seconde main (un tirage au sort préalable assortit donateur et destinataire) et emballé dans du papier journal ou de vieilles cartes routières, devenues obsolètes à l’ère du GPS (GrandPa en a un stock !) Ou encore dans un joli torchon de cuisine, réutilisable. On choisit une chanson qu’on aime bien.

Antoine téléphone à sa mère : C’est quoi ce cirque ? Mais il cède à ses arguments…Encore une lubie de Maman ! Bof, on peut bien lui laisser ce plaisir…Mireille ne répond pas. Les petits-enfants sont intrigués et impatients : toute nouveauté leur plaît, attise leur curiosité naturelle. Martin jubile. Mamy et Lucie les mobilisent pour aider à la préparation : construction d’un sapin en carton d’emballage, étoiles en papier doré, atelier de bougies, crèche en jute imbibé de plâtre pour abriter les santons de Provence hérités de l’arrière-grand-mère et retrouvés au grenier.

Au début de la soirée, l’ambiance est un peu figée. Les cadeaux moins brillants, moins nombreux que les autres fois, forment un tas hétéroclite sous le sapin. Mamy est tendue, attentive à Mireille silencieuse, tiraillée entre ses valeurs nouvelles et le désir de faire plaisir à ses enfants. Mais les jeunes sont si heureux de montrer leurs réalisations, d’expliquer comment ils ont bricolé tout ça. GrandPa toujours relax raconte des anecdotes et des blagues, et, le vin aidant, le repas est de plus en plus joyeux. Ce sont les adultes maintenant qui reçoivent des éloges sur leurs plats respectifs. Mais une excitation plus vive gagne tout le monde quand Lucie déballe sa surprise : elle a emprunté une installation de karaoké, qui projette sur le mur les paroles de la chanson choisie, pendant que l’accompagnement résonne dans le salon. Quand c’est au tour de Mireille, à la surprise générale, elle entonne : « T’en fais pas, la vie est belle … » Mamy essuie furtivement une larme. Les enfants prennent le micro et récoltent des applaudissements déchaînés. A minuit tout le monde s’en va émerveillé. La transition est en route.

Marthe Mahieu

Noël, cette « fête de l’amour universel », ne réalisera pas ses promesses. Mais l’a-t-elle jamais fait ?

Qui ne rêve de se retrouver gaiement, pour quelques jours en fin d’année, au sein de toute sa famille, au chaud et bien nourri ? De se balader le long des rues illuminées à la recherche d’un cadeau dans l’un des innombrables marchés de Noël ? Impatient.e de nouveaux plaisirs comme il en va pour un bon quart d’humanité vivant dans l’abondance. Mais la période de fin d’année est probablement aussi celle qui nous alerte davantage sur les inégalités sociales et environnementales. Mais est-ce bien le moment de se laisser culpabiliser par le contraste entre abondance pour les uns et précarité pour les autres ? De se soucier ou se démoraliser d’apprendre qu’il faudra un siècle au rythme actuel pour faire disparaître la pauvreté dans la moitié du monde ?

Jouir de ce qui est donné

Noël, c’est aussi une fête qui apporte la « paix aux hommes de bonne volonté ». On en est loin ! La guerre est à nos portes. Violence, escroquerie, racisme, sexisme, prédation… reviennent sans cesse dans le fil de l’actualité. Est-ce une raison pour ne rien espérer ?  L’origine de ce verbe vient du latin « sperare » qui veut dire « attendre quelque chose comme devant se réaliser ». Et Noël peut devenir une fenêtre qui s’ouvre sur des solidarités concrètes, de vrais partages en lien avec la décroissance et un effort d’équité.  Mais comment y parvenir dans l’accumulation des sollicitations et réflexions souvent contradictoires ? Dans le bruyant tumulte social ?

Peut-être commencer par s’attribuer un moment de silence. Comme un cadeau qu’on se ferait à soi d’un moment tout à soi. Car Noël, ce n’est pas seulement se réunir avec des paquets sous les bras et donner quelques sous à qui ou quoi. C’est aussi entrer dans le silence de l’hiver. Car chacun, chacune a son propre terreau à remuer. Ses racines à toucher, son humus intérieur à nourrir de bienveillance et de sens.

Et alors, au plus intime, un mieux-être se ressent. Il rappelle l’abondance de la vie.
Entre passé et à venir, l’essentiel est retrouvé. En tout cas, à espérer dans un bien vivre en commun.

Godelieve Ugeux

Sur une couverture quelque peu énigmatique, un sous-titre qui attire l’attention : « L’écologie au défi des classes populaires. »

De prime abord, le sujet du livre semble centré sur l’écologie. Cependant, très vite, on se rend compte que le changement climatique est présent à toutes les pages et qu’il constitue véritablement la trame du livre. Comment se fait-il qu’autour de nous, la cause du climat ne mobilise plus ? Pourquoi les partis politiques qui représentent le plus cette préoccupation ont été sanctionnés dans les bulletins de vote un peu partout dans le monde ?  Qu’ont bien pu dire, ou faire, les défenseurs du climat pour mériter un tel désaveu, et principalement dans les classes populaires ? Ce sont des questions qui tournent en rond depuis tout un temps dans notre tête de Grands-parents pour le Climat. N’aurions-nous pas été desservis par notre proximité avec les mouvements écologistes, qui auraient fauté quelque part par excès d’écologisme, eux qui, aux yeux du public, incarnent le plus la lutte pour la sauvegarde de l’environnement et pour le climat ?

Le journaliste et essayiste Éric Aeschimann a mené une enquête sociologique que j’ai trouvée particulièrement riche, passionnante et éclairante sur ce sujet. Bien que l’auteur se déclare lui-même proche du mouvement écologiste, il adopte une hauteur de vue et une distance par rapport à l’évolution actuelle du mouvement écologiste. Quelles que soient ses inclinaisons politiques ou philosophiques, chacun pourra donc bénéficier de son travail.

Des ouvrages pour penser l’écologie

L’ouvrage d’Éric Aeschimann est empreint d’une grande probité intellectuelle et dénué de tout esprit polémique, d’une lecture fluide et captivante et dépourvu de formulation savante ou de jargon scientifique. L’ouvrage foisonne de renvois à des auteurs en écologie politique (André Gorz, Jacques Rancière, Pierre Charbonnier), à des sociologues (Pierre Bourdieu, Mona Chollet, Maud Hetzel, Clément Sénéchal, Jean-Baptiste Comby, Fanny Lederlin), des sémiologues de l’analyse des discours (Cécile Alduy), des historiens (Michel Foucault, Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz, Nathaniel Rich), des scientifiques (Marc Jancovici, Philippe Bihouix, Naomy Oreskes), ou des économistes (Thomas Piketty, Lucas Chancel, Eloi Laurent.)  Il est étayé par des résultats de sondage et d’études réalisées par des organismes officiels, des transcriptions d’interview de personnes-ressources, des récits tirés de romans, du cinéma ou de la chanson tant dans la culture française qu’anglo-saxonne, et des rencontres personnelles durant ses enquêtes de terrain. On aurait envie de pouvoir feuilleter à loisir tous les ouvrages qu’il cite, tant Éric Aeschimann fait ressentir leur rôle clef pour comprendre ce qui est au centre de son ouvrage : la défiance des classes populaires à l’égard de la bourgeoisie intellectuelle en ce qui concerne l’écologie.

Réécologiser l’État

En conclusion de l’ouvrage, on trouve le constat « Notre enquête a montré que l’adhésion à l’écologie ou son rejet sont d’abord liés à la position que l’on occupe dans la société. C’est une forme nouvelle de la vieille lutte des classes. » Mais l’ouvrage ne se termine pas de façon abrupte sur ce constat comme le font de nombreux livres qui « au terme d’une passionnante analyse critique, se contentent, dans une conclusion bâclée, d’ouvrir des pistes pour l’avenir », laissant le lecteur en prise avec un sentiment de désarrois et d’impuissance. 

Courageusement, Éric Aeschimann prend le soin, avec toute l’humilité qui convient, de proposer et de détailler une stratégie. Il s’agit en substance de « réécologiser l’État », et ceci, en commençant par les urnes. L’État est à utiliser comme l’outil ultime, le seul capable d’opérer le « déverrouillage des systèmes sociotechniques », cet ensemble de systèmes qui assurent la perpétuation de la vie matérielle et sociale des sociétés contemporaines et qui « tout à la fois polluent et rapportent gros aux classes propriétaires. ». Ces systèmes sociotechniques agissent comme autant d’ornières dont nous sommes prisonniers et qui nous empêchent de progresser face au problème du climat. Et surtout, « nos systèmes sociotechniques assignent et enferment en priorité les plus vulnérables », avec cette conclusion : « Qu’est-ce que l’écologie doit apprendre à l’état ? À déplacer les lignes de pouvoir. »

Éric Aeschimann constate que « jusqu’à présent, la voie choisie par l’écologie politique a été de faire pression sur l’État pour le contraindre à prendre des mesures technocratiques tout en s’adressant au grand public sur un registre moralisateur pour l’encourager à changer ses comportements. Les deux modus operandi ont échoué, car une large partie de la population n’a tout simplement pas les moyens de changer son mode de vie. »

Trois lignes de conduite

Pour parvenir à gagner les élections, il propose trois lignes de conduite à adopter pour désamorcer les blocages qui ont amené les classes populaires et rurales à rejeter les mesures écologiques.

La première ligne de conduite part du constat : « Les gestes individuels permettront de faire au mieux 20 à 25 % du chemin vers la décarbonation, le reste, soit 75 à 80 % incombant aux entreprises et aux États. Ma proposition est de commencer par ce deuxième paquet ». La première ligne de conduite proposée par l’auteur est donc « d’en finir avec l’écologie des modes de vie et de s’attaquer directement aux systèmes sociotechniques dont les modes de vie ne sont qu’une conséquence ».

La deuxième ligne de conduite pour un programme écologique, c’est que « toute mesure de protection écologique devra être simultanément une mesure de justice sociale. On pourrait appeler cela le principe d’égalité » et « … ce principe d’égalité à l’échelle nationale doit avoir son équivalent à l’échelle mondiale. »

La troisième ligne de conduite est que cette « écologie égalitaire » fasse de la recherche de l’autonomie maximale de l’individu un objectif essentiel. Cette ligne de conduite part d’un constat rarement souligné : « La technique conviviale, qui fut l’un des fondements historiques du projet écologique, est aussi une pratique spontanée d’une partie des classes populaires. Il y a là un pont à établir, un point d’appui à utiliser ».

L’autonomie au cœur des aspirations populaires

Et l’auteur développe : « Du côté de l’écologie, Jacques Ellul, Ivan Illich et André Gorz dénoncèrent très tôt les dangers des techniques « hétéronomes » qui nous dépossèdent de nous-même et auxquelles ils opposaient les techniques « conviviales » capables de nous rendre « autonomes ». Du côté des classes populaires, l’autonomie est l’une des aspirations identifiées par les sociologues de la ruralité au sein d’une partie des classes populaires, pour qui se débrouiller, faire soi-même, réparer, récupérer, bricoler constituent, au-delà de la nécessité de dépenser moins, un véritable rapport au monde. »

Pour mettre en œuvre ce principe d’autonomie, Éric Aeschimann propose, entre autres, de développer un vaste ensemble de « services publics de la transition écologique », comme moyen de désamorcer les blocages. Il cite des exemples, comme celui-ci : pour l’isolation thermique de son habitation, offrir, comme l’a fait la ville de Lille, une aide financière sans exiger nécessairement que le travail soit réalisé par une entreprise agréée, mais en fournissant gratuitement une formation technique obligatoire pour apprendre à le faire soi-même.

Bien évidemment, le projet d’Éric Aeschimann se situe essentiellement dans le périmètre français. Cependant, les principes généraux qu’il développe m’ont semblé applicables ailleurs en Europe et dans le mode. J’ai trouvé dans ce dernier chapitre un réel « nouveau récit », lucide et inspirant.

Éric Aeschimann : « Les vipères ne tombent pas du ciel – L’écologie au défi des classes populaires », Éditions Les liens qui libèrent, 224 pages, 2025, 19,90 €

Pour en savoir plus : Éric Aeschimann
répond aux questions de la chaîne d’information Blast.

Philippe Sonnet

Derrière les discours techniques, il y a bien une ou des idéologies qui se rejoignent autour de l’AI. Désir d’un monde sans régulation ?

Ne vous a-t-elle jamais apparue étrange la musique catastrophiste des promoteurs américains de l’Intelligence artificielle, invoquant les risques qu’un jour une IA Générale prenne le pas sur l’être humain et en menace l’existence ? Ou, à l’inverse, que le monde sera sauvé grâce à la toute-puissance combinée de l’intelligence artificielle et de l’intelligence supérieure de quelques oligarques, regroupés sous la bannière du transhumanisme ?

Je me suis posé ces questions et j’y ai trouvé des éléments de réponse à la lecture du livre de Thibault Prévost, Les prophètes de l’IA – pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse. L’auteur est journaliste franco-canadien, spécialiste des nouvelles technologies ; il travaille notamment pour l’émission TV Arrêt sur images. Son enquête est construite autour du recueil des déclarations des promoteurs de l’IA dans de nombreux articles du meilleur de la presse américaine et britannique : The Washington Post, The New York Times, The New Yorker, Newsweek, Fortune, Wired, Rolling Stone, etc. Mais relayés aussi dans la presse française et, bien entendu, sur les réseaux sociaux (principalement Twitter/X). Ce passeur de l’univers anglo-saxon vers le public francophone, via un ouvrage publié en français par un éditeur québécois, nous aide à mieux comprendre ce qui se joue derrière ce curieux récit américain.

Un récit sans dieu

Regroupant les prises de parole des principaux protagonistes de l’IA, Prévost nous confronte aux plus connus d’entre eux comme Elon Musk, Sam Altman, Larry Page, Mark Zuckerberg ou Peter Thiel ; mais aussi à ceux qui le sont moins et ont influencé la galaxie du transhumanisme par leurs écrits philosophiques ou – c’est plus étonnant -, par leurs ouvrages ou films de science-fiction.

L’ensemble de ces déclarations sont issues d’un milieu (beaucoup sont milliardaires), d’entrepreneurs, financiers, investisseurs, composé majoritairement d’hommes blancs issus du brassage pourtant intrinsèquement multiculturel des États-Unis. Il en ressort une sorte de discours religieux sans dieu, qui prophétise la fin prochaine de l’histoire (comme l’avait fait, dans un tout autre registre, Francis Fukuyama à la fin du XXe siècle). Mais aussi l’avènement d’une civilisation dirigée par une minorité (mâle et blanche, donc), éclairée par les algorithmes de l’IA et par la croyance dans la toute-puissance de la science et de la technique.

Et des discours technico-scientifiques

Ce qui ressort de ce récit catastrophiste et apocalyptique, c’est qu’il repose sur un univers de croyances aveugles dans le progrès technique, présentées comme des certitudes. Ce mélange de discours technico-scientifiques et de croyances religieuses est spécifique de la culture américaine : elle repose sur les univers religieux qui se sont développés en parallèle à la conquête du Nouveau Monde, mélange de puritanisme et de croyances dans une nouvelle naissance (born again). Le livre de Prévost esquisse une analyse des sources de cet enracinement religieux des discours technico-scientifiques proférés par les promoteurs de l’IA. Il serait intéressant que cette analyse soit poursuivie et actualisée par des chercheurs de différentes disciplines de sciences humaines (histoire, sociologie des religions, notamment) pour approfondir ce qui est ici seulement suggéré et entamé.

Les prophètes de l’IA est un essai journalistique délibérément engagé. Il met en effet l’accent sur les menaces que représente le discours aux accents nettement religieux des promoteurs de l’IA. En témoigne le 5e et dernier chapitre du livre, intitulé Systèmes d’exploitation : les promesses de l’intelligence artificielle, confrontées à l’état des choses actuel, montrent qu’elle est en réalité un pillage des ressources, voire un écocide. Elle conduit vers une probable bulle financière, tant les investissements gigantesques ne reposent que sur des pronostics de profits à venir. Enfin, l’intelligence artificielle est construite sur de la discrimination, par les filtres imposés par ses algorithmes. Elle risque enfin de conduire à la faillite de la démocratie, par le refus de toute régulation de la part des États.
Un livre pour comprendre les illusions de l’IA et s’en protéger.

Thibault Prévost, Les prophètes de l’IAPourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse, Ed. Lux, Montréal 2024

Jean-Marie Pierlot


••• Octobre 2025

Il y a quelques mois, un sondage révélait que les deux préoccupations principales des Belges étaient le pouvoir d’achat et la sécurité. La lutte contre le réchauffement climatique était reléguée en cinquième position…

Alors que, en cet été 2025, les canicules et les incendies accablent l’Europe, que révèle cette indifférence ?

Le pouvoir d’achat : commander régulièrement des vêtements « à la mode » et des jouets souvent toxiques sur des plateformes chinoises ? Partir en vacances plusieurs fois par an en avion pour des city-trips standardisés, ou vers des régions envahies elles-mêmes par la canicule, les incendies ou les glissements de terrain ?
Toutes ces choses que les publicités matraquent à l’envi demandent évidemment beaucoup de pouvoir d’achat…

Quant à la sécurité, nous avons la chance de vivre dans un pays où la quasi-totalité des habitants vit paisiblement sans courir de dangers particuliers. Ce qui est loin d’être le cas dans d’autres régions du monde. Mais il suffit que la télévision ou les réseaux sociaux exhibent complaisamment quelque attaque au couteau ou quelques fusillades entre truands pour que les gens développent aussitôt un sentiment d’insécurité, ignorant que dans nos villes, il y a dix fois moins d’agressions qu’il y a cent ans. À Paris ou à New York, en 1920, on égorgeait chaque nuit environ dix personnes.
Le sentiment d’insécurité est un artefact induit par les reportages à sensation qui ne reflète absolument pas la réalité telle que la montrent les statistiques. 
Ce tableau ne ressemble-t-il pas furieusement à l’orchestre du Titanic qui continuait à jouer des valses de Strauss pendant que le bateau s’enfonçait dans l’océan ?
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », a dit Jacques Chirac en 2002.

Choisir ses loisirs, est-ce politique ?

Comment revenir à la réalité, faire comprendre à l’ensemble de la population que le seul vrai danger qui menace l’Europe est la détérioration de nos conditions de survie ?
Car si nos gouvernants se montrent si timides pour décréter des contraintes, c’est parce que la population -les électeurs !-n’est pas encore prête à échanger ses plaisirs mercantiles, énergivores et polluants contre les bonheurs simples et profonds qu’apportent la Nature, le vélo, la randonnée, les jeux de société, les souper entre amis, la poésie, le théâtre, la musique et bien d’autres choses réjouissantes et décarbonées.
Passe encore qu’on hésite à décréter des interdictions pourtant efficaces : interdire les jets privés, les vols de moins de mille km, plafonner les km en avion par personne et par an… On le fait bien avec les zones basses émissions en ville, et les chaudières au fuel ? Mais au moins pourrait-on refuser de subventionner avec des fonds publics les circuits de course automobile comme Spa-Francorchamps, ou l’agrandissement de l’aéroport de Charleroi ? Et surtout taxer le kérosène dont l’exemption d’impôts permet aux compagnies d’aviation low cost de pratiquer des prix dérisoires face aux trains, alors qu’ils émettent vingt fois plus de CO2 ?

Comment faire en sorte que l’ensemble de la population cesse de coloniser l’avenir, se soucie enfin de ses petits-enfants et opère la conversion, le changement de mœurs qui peut encore – mais il est presque trop tard- enrayer ce terrible réchauffement climatique qui est en passe de nous carboniser ? Comment convaincre nos gouvernants d’être plus courageux ?

Marthe Mahieu
Directrice de Collège retraitée
Grand-mère et arrière-grand-mère

Trois jours après la marche du climat du 5 octobre, j’apprends avec stupéfaction qu’Amazon va investir plus d’un milliard d’euros en Belgique avec, en ligne de mire, des livraisons dans les 24 heures voire le jour-même. Cette annonce, faite dans le cadre de la mission économique belge en Californie présidée par la princesse Astrid, a été applaudie des deux mains par les ministres belges présents.

Comment se réjouir d’une telle perspective économique quand on sait que vendre toujours plus conduit nécessairement à l’épuisement irréversible des ressources de notre planète ? Que livrer toujours plus vite fait massivement appel à du travail de nuit dans le cadre d’emplois précaires ? Que le modèle de livraison rapide recourt à un modèle de mobilité hypercarboné ? Tout cela repose sur une illusion de progrès, entretenue par la publicité pour des produits trop souvent inutiles, qui nous endort et inhibe notre nécessaire quête de sens.

Comment faire face à ces rouleaux compresseurs de la consommation ? Quelle société, quelle terre préparons-nous pour nos petits-enfants ?

Depuis longtemps, j’ai choisi de résister en préférant le vélo à l’avion, le commerce local au commerce en ligne, le cinéma en salle aux séries en streaming, les groupes de parole aux réseaux sociaux, le silence de la nature au bruit de la télévision, la marche en pleine conscience à la course.

Bien sûr, comme vous, je vis dans ce monde et il m’arrive de m’égarer, mais quand j’entends l’annonce d’Amazon, je me réveille et je n’ai qu’un mot à la bouche : ensemble, résistons !

Anne Chevalier, Grand-Mère pour le Climat
Court-Saint-Étienne

Un récit qui interpelle le présent

Abel Quentin, Cabane – J’ai lu, 2025

Berkeley 1973. Quatre jeunes chercheurs sont pressentis pour produire un rapport sur les limites de la croissance industrielle et démographique. Cabane est le titre de ce roman dérangeant qui, secouant le passé, nous alerte une fois de plus aujourd’hui.

Un couple d’Américains, Mildred et Eugene Dundee, un Français fraîchement diplômé de polytechnique Paul Quérillot, et un Norvégien surdoué en mathématique, Johannes Gudson sont recrutés en 2070 par un éminent professeur de Berkeley. Leur mission : analyser les causes et les conséquences à long terme de la croissance sur la démographie et sur l’économie mondiale. 
Eugène travaille sur la pollution. Mildred sur la production industrielle et la consommation. Quérillot sur les ressources non renouvelables. Gudsonn s’attaque à la démographie mondiale et s’assure de la rigueur mathématique du programme de simulation. C’est autour d’un des premiers ordinateurs IBM qui peut avaler des milliards de données, que la petite équipe va travailler quinze heures par jour, durant un an, grâce à une méthode de modélisation et d’analyse qui lui permettent de comprendre comment les systèmes complexes évoluent dans le temps.

Ces scientifiques vont découvrir petit à petit, sous leurs yeux effarés, que les activités humaines ne peuvent poursuivre leur croissance de façon durable face à trois problématiques : les limites des ressources naturelles non renouvelables, la surface des terres arables et la dernière, la capacité d’absorption de la population par les écosystèmes. 
Le constat est clair ; la civilisation industrielle annonce une catastrophe écologique. Le lecteur comprend que le récit Cabane, de Abel Quentin est librement inspiré du rapport Meadows portant sur « Les limites de la croissance » publié en 1972.

Angoisse existentielle

Tour l’art du romancier est de raconter cette odyssée à partir du vécu inventé, mais crédible de la trajectoire de chaque chercheur. Comment ils parviennent à poursuivre leur vie après la découverte d’un monde possiblement condamné à l’effondrement. Adoptant chacun, d’abord sous le feu des projecteurs, mais ensuite dans leur quotidien, une stratégie différente allant du repli au combat, car ce sont eux qui vont alerter les médias et tenir des conférences dans le monde entier. Mais si le résultat publié de leur recherche en dix scénarios prédictifs devient un best-seller mondial qui suscite la consternation, voire la colère, il n’est suivi d’aucun soutien ! Ils essuient de dures critiques, des dénis, des peurs vaines, parfois des menaces à leur encontre. Aucune décision n’est prise pour parer la catastrophe annoncée. Un éditorialiste suisse écrit néanmoins : « Le rapport 21 est le réquisitoire le plus cinglant de tous les temps contre la civilisation obèse de la croissance sans limites, la civilisation de la dope énergétique, du confort et de la vitesse. »

La croissance : un crime collectif dénué d’intention criminelle.

Dans ce roman de 480 pages, Abel Quentin a su éviter le prêchi-prêcha. D’abord les chercheurs ne sont pas des saints. Jalousies, mesquineries, orgueil et ambition, découragements bien compréhensibles. Lors de la publication, ils vivent la frustration de n’être pas entendus et de parler dans le vide, d’être entourés de passivité malgré les chiffres dont ils sont certains de la cruelle véracité. Quinze millions d’exemplaires vendus, mais aucun mouvement de réaction constructive durable. « Les sociétés humaines peuvent décider très délibérément d’ignorer un problème et se suicider », constate un des quatre chercheurs lors d’une discussion houleuse entre eux. Mildred Dundee, la seule femme du quatuor, souhaite comme épitaphe : « On vous avait prévenus, abrutis ! ». On salue ici l’humour de l’auteur.

À la moitié du roman, Abel Quentin prend un tournant inattendu en faisant intervenir un nouveau personnage, un journaliste français, Rudy, né après le rapport de 1972 et qui s’exprime à la première personne. Pour saluer les 50 ans du rapport, il part sur la trace des chercheurs, mais se cogne à la disparition du quatrième, le Norvégien, disparu des radars dont on se demande s’il est toujours vivant. Le roman converge avec un côté enquête vers ce génie des mathématiques qui fut taiseux et énigmatique avec ses collègues. Il se serait isolé dans une cabane. Serait-il la première victime de la solastalgie, cette détresse psychologique liée à la prise de conscience d’une urgence écologique ? Cristallise-t-il notre peur d’une catastrophe écologique à venir ?

Véritable fresque de l’inaction climatique et de la désillusion, ce grand roman renvoie à nos comportements actuels. Après plus de cinquante ans de retard à cause de l’indifférence, l’hybris ou l’aveuglement des sociétés, il serait temps d’écouter les scientifiques alors que plus que jamais, nous sentons le monde vaciller.

Godelieve Ugeux


« Mal de Terre », de Nikolaj Schultz

traduit de l’anglais « Land Sickness ». Payot, collection « Essais », 112 pages, 2022.

L’île de Porquerolles, théâtre d’un petit conte philosophique lumineux sur la crise écologique.


Le sociologue danois Nikolaj Schultz a travaillé plusieurs années en étroite collaboration avec Bruno Latour sur ce qu’ils ont appelé les « classes géo-sociales ». Ils ont publié ensemble le « Mémo sur la nouvelle classe écologique. Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même », La Découverte, 2022.

Présentation du roman « Mal de terre » par l’éditeur

« Une nouvelle canicule s’abat sur Paris. Dans la nuit étouffante, l’existence de l’auteur est déboussolée par les effets de la crise climatique. Tous ses repères volent en éclats. Pour échapper à la chaleur, à ses vertiges et à ses interrogations, il tente de fuir, de s’isoler. Direction : Porquerolles. Mais même sur ces terres idylliques, l’âpre réalité le rattrape. Dans cette enquête auto- ethnographique, l’auteur arpente notre nouvelle condition climatique à partir de ses expériences, rencontres et pensées sur quelques jours. Carnet de bord d’un voyage fictionnel aux confins de l’Anthropocène, ce récit nous entraîne de Paris à Porquerolles, de la canicule à la disparition d’une île, de la lutte pour le sommeil à celle pour le territoire. »

Quand on fait une recherche sur le Web, on apprend que les Iles d’Or sont un archipel français composé de quatre îles face à la presqu’île de Giens, sur la Côte d’Azur. La plus grande, Porquerolles ne dépasse pas 7 km de long. Caractérisée au sud par des falaises vertigineuses et de petites criques abritées du vent et au nord par de magnifiques plages, c’est un véritable paradis méditerranéen. L’écosystème de Porquerolles, très fragile, est menacé par un afflux incessant de touristes d’un jour (la traversée depuis le continent ne demande que 15 minutes). Les réserves d’eau potable sont tout à fait insuffisantes pour ce tourisme de masse et les herbiers sous-marins de posidonie sont ravagés par la dégradation de la qualité des eaux côtières. Ceci contribue à une accélération de l’érosion de la côte, à un appauvrissement de la faune et de la biodiversité et à terme à la disparition des conditions même d’habitabilité de l’île. Certains habitants de l’île profitent de l’industrie touristique et entendent bien continuer à la développer. D’autres, par contre, sont sensibles à la dégradation de leur île et en éprouvent une profonde solastalgie. Ces derniers sont non seulement des habitants nés sur l’île, mais également les très riches propriétaires de bateaux de prestige et de luxueuses résidences de vacances qui se sont construites au fil des années dans ce qui était à l’époque un paradis exclusif à quelques encablures seulement du continent. C’est dans ce contexte de crise écologique qui ne cesse de s’aggraver que Nicolaj Schultz se met en scène, dans un petit conte philosophique lumineux et d’une écriture particulièrement fluide et limpide.

Porquerolles, berceau d’une utopie géosociale ?

Un des passages du livre qui m’a particulièrement intéressé, c’est celui où Nicolaj Schultz fait comprendre ce qu’est cette nouvelle classe géosociale (ou écologique) dont il a parlé, avec Bruno Latour, dans le « Mémo sur la nouvelle classe écologique. » Comparable aux classes sociales, dont les luttes ont été si importantes dans la constitution de nos sociétés, la nouvelle classe géosociale est fondée sur les relations aux territoires dont on vit, « incluant des entités telles que la terre, le climat, l’air, l’énergie, le sol, la nourriture, les eaux et les cultures ». Et l’auteur poursuit en disant : « Ici et ailleurs, la perte des terres se fait sentir sous les pieds des peuples à des degrés divers et, en réaction, des classes convergent dans la lutte pour la protection de leurs territoires ». Dans ce concept de nouvelle classe géosociale, il y a le mot « classe » qui rappelle la puissance dont a été capable la lutte de classes et il y a le mot « géosocial » (ou écologique) parce que ce qui rassemble, au sein de cette nouvelle classe, c’est la lutte pour la protection d’un même territoire dont on vit. En explorant Porquerolles, Nicolaj Schultz nous fait assister à l’émergence d’une nouvelle classe géosociale dans l’île. Une classe qui pourrait avoir une puissance comparable à celle qu’a eue historiquement la lutte des classes, mais qui rassemblerait les gens autour d’un combat écologique pour le territoire dont ils vivent. En refermant le roman de Nicolaj Schultz, je me suis dit que même si ce concept de classe géosociale était encore un peu vague et d’une réalité encore à démontrer, j’avais tout de même passé un très bon moment à rêver de ce qui se passerait si elle parvenait réellement à émerger.

Philippe Sonnet


••• Printemps 2025

La presse en a parlé. La prochaine grille tarifaire de la Société des chemins de fer belges (SNCB) a été décidée fin février par son Conseil d’administration.
Avant sa mise en application prévue en 2025 à une date encore à préciser, Cécile Fontaine nous propose quelques explications sur le processus de son élaboration.
Une révision significative des tarifs à appliquer pour voyager en train en Belgique ne manque pas de complexité : tarifs régulés, abonnements divers, publics concernés variés, heures creuses ou de pointe, … le tout dans le respect du Contrat de gestion.
L’élaboration de la nouvelle offre tarifaire n’implique pas seulement les responsables de la SNCB. Le législateur a en effet prévu que des usagers du chemin de fer soient sollicités pour avis. La Loi du 21 mars 1991 (Moniteur belge du 24 juin 2014) avait donc créé le Comité consultatif pour les voyageurs ferroviaires (CCVF-RGTC).
Ce Comité est composé de représentants divers : des utilisateurs du train (PMR, cyclistes, intérêts familiaux, jeunes, seniors, BIM… ), des syndicats et des employeurs, des organisations régionales d’usagers des transports en commun, des associations environnementales et des représentants des Villes et Communes de l’ensemble du pays. Organe bilingue, aidé dans ses travaux par le personnel du SPF Mobilité, les avis de ce comité ne sont pas contraignants.
Sa composition a été renouvelée en 2023 par le Ministre Gilkinet. Depuis lors, les GPC – GVK y sont représentés avec un effectif Grands-parents pour le climat et un suppléant Grootouders voor het Klimaat. C’est ainsi que je suis devenue membre du Comité consultatif avec Benoît Debbaut comme suppléant GVK.

La valeur de l’expérience

Pourquoi moi ? J’étais à ce moment administratrice à Grands parents pour le climat. Ma longue expérience professionnelle des organes d’avis auprès des Ministres de la Santé et des Affaires sociales, tant au niveau fédéral que wallon et bruxellois, a été considérée comme précieuse. Habituée à participer à des groupes de travail et à présider des réunions relatives aux normes hospitalières, dans des organes où le bilinguisme a minima passif est de règle, j’étais rompue à la complexité de définir des critères de répartition des budgets, à m’initier à des matières nouvelles, à appréhender les intérêts divergents et à détecter les sources de rivalité. Le CA de GPC a considéré que je pourrais m’adapter et exploiter mes compétences professionnelles dans le cadre du Comité consultatif pour les voyageurs ferroviaires.
Certes, c’était un autre univers, des concepts à découvrir, des personnes inconnues.
Mais j’ai été intéressée par ce défi (je déteste la routine) et aussi j’aime bien le train ! Je l’avais pris seule alors que j’avais à peine 10 ans (dans la « micheline »), et dès 11 ans, quotidiennement pour aller à l’école jusqu’en fin de secondaire. Les trains en bois et à la vapeur produite par le charbon, que de souvenirs ! Et quelle évolution depuis !

La grille tarifaire en discussion

Le 12 mars dernier, le bureau du Comité Consultatif des voyageurs ferroviaires m’a proposé le poste de vice-présidente, ce qui a été approuvé en séance plénière le 12 mars. Il reviendra au Ministre fédéral de la Mobilité de valider prochainement cette décision.
Le Comité Consultatif des voyageurs s’est fortement impliqué dans la révision de la grille tarifaire à venir, en sorte d’assurer au mieux les intérêts des voyageurs et en soutien d’une augmentation des trajets en train. Plusieurs réunions du groupe de travail ad hoc, des rencontres avec les représentants de la SNCB, ont abouti à une grille finale. Elle comprend « la garantie du tarif le moins cher pour tout trajet selon le voyageur et une toute nouvelle carte avantage qui rendra le train encore plus attractif. » Nous y reviendrons dans un prochain Poivre et Sel.
D’ici là, les travaux continuent afin de pouvoir affirmer : « pour circuler en Belgique, le train, c’est pas mal » !

Cécile Fontaine
membre effectif du CCVF-RGTC

…m’aide à découvrir ce que je pourrais faire au sein du mouvement des Grands-Parents pour le Climat.

La partie gauche de la figure montre le diagramme de Venn de l’action climatique, que j’ai découvert sur le site Web d’Elizabeth Ayana Johnson biologiste marine, journaliste scientifique, écrivaine, afro-féministe et activiste du climat.
Le diagramme aide à répondre à la question suivante : comment puis-je apporter ma contribution au problème climatique d’une façon qui soit à la fois utile, personnelle et satisfaisante pour moi ? Pour découvrir quelle pourrait être cette action, Ayana propose à chacun de dessiner son propre diagramme de Venn de l’action climatique.

Pour quoi suis-je doué ? Quelles sont mes compétences ? Quels sont mes domaines d’expertise ? Que puis-je mettre sur la table ? Je peux penser à mes savoir-faire, aux personnes-ressources que je connais, et à mes réseaux : j’ai en effet beaucoup à offrir.

Quelles sont les actions à mener à bien pour le climat ? Y a-t-il certaines solutions en matière de climat et de justice sur lesquelles je souhaiterais plus particulièrement me concentrer ? Je peux penser aux changements systémiques et aux efforts que j’ai vus ailleurs et qui pourraient être reproduits ici ou relayés. Il y a des tas d’options.

Qu’est-ce qui m’apporte de la joie ? Ou peut-être qu’un meilleur mot serait « satisfaction ». Qu’est-ce qui me fait sortir du lit le matin ? Il faut que je choisisse des actions climatiques qui me donnent de l’énergie et de la vitalité.

C’est à l’intersection des trois cercles que se trouvent les actions qui obéissent aux trois critères. Ce sont les actions que j’appelle les trois « et ».

La partie droite de la figure montre comment l’action climatique choisie à l’aide des trois « et » peut trouver sa place au sein du mouvement des GPC. Ce sont les six « ou ». Je me vois plutôt comme grand-parent ou comme citoyen ?
L’action que j’ai choisie trouve-t-elle sa place dans l’axe transmission, l’axe plaidoyer, l’axe mode de vie ou l’axe transversal ?

Après ce petit travail d’introspection et l’application de la règle des trois « et » et des six « ou », nul doute que je trouverai l’action climatique au sein des GPC qui m’apportera le plus de satisfaction !

Philippe Sonnet

André Borbé est un auteur, compositeur et interprète belge qui a consacré l’essentiel de son travail au jeune public. Son répertoire, accessible à tous, peut également toucher les adolescents, les adultes et les personnes plus âgées.
Je l’ai entendu chanter récemment sur scène à la Ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve.
Une de ses chansons m’a particulièrement touché en tant que Grand-Parent pour le Climat. Elle m’a ému parce qu’elle représentait bien, à mes yeux, un de ces « nouveaux récits » que nous appelons tous de nos vœux, mais que nous ne rencontrons que si rarement.

Cette chanson est tirée de son dernier album « Le Grand Possible ». Elle s’intitule « La chance ». Avec des paroles toutes simples, que l’on retient vite, André Borbé nous livre un de ces « nouveaux récits » que l’on pourra écouter et peut-être même chantonner avec nos petits-enfants, et partager ainsi avec eux une vision désirable du futur.

Le titre « La chance » est en écoute gratuite sur les plateformes telles que Spotify (dont voici le lien), Deezer, Apple Music, etc. Cela nécessite cependant une inscription préalable, gratuite elle aussi.
On peut également écouter André Borbé dans son morceau « Depuis tout ce temps » accessible directement sans devoir s’inscrire dans YouTube (dont voici le lien).

La Chance
On roulait on roulait
Dans les villes encombrées
Sur des voies de bitume
On roulait
On ne roulera plus

On sentait on sentait
Les usines enfumées
Où l’espoir se consume
On le sentait
On ne s’en tirera plus

On voyait on voyait
Des oiseaux décoller
Le goudron de leurs plumes
On voyait
On n’en reverra plus

On rêvait on rêvait
D’eau claire et de forêts
Qui seraient nos fortunes
On rêvait
On ne rêvera plus

La chance
De vivre mieux dès demain
Elle est là on la tient
Entre nos mains

La chance
D’inventer une autre vie
Allez viens mon ami
On la saisit


On pansait on pansait
Les campagnes infectées
Les plaies du paysage
On pensait
On y pensera plus

On mangeait on mangeait
Des bêtes terrifiées
Entassées dans des cages
On mangeait
On n’en mangera plus

La chance
De vivre mieux dès demain
Elle est là on la tient
Entre nos mains

La chance
D’inventer une autre vie
Allez viens mon ami
On la saisit


On rêvait on rêvait
D’eau claire et de forêts
Qui seraient nos fortunes
On rêvait
On ne rêvera plus

Philippe Sonnet

« L’important c’est de transmettre », nous dit Anne Mahrer, co-présidente des Aînées pour le climat et ancienne parlementaire suisse dans un portrait qu’en dresse le dernier numéro de la revue Imagine. Elles sont à la retraite et ont un point en commun : elles ont marre des canicules de plus en plus fréquentes qui les font souffrir et altèrent leur santé. Elles ont décidé d’agir pour faire entendre leur cause et fondé en 2016, en Suisse, le mouvement « Les Aînées pour le climat ». Aperçu de quelques leçons « inspirantes » pour les GPC de leur long combat judiciaire mené contre l’Etat suisse : un esprit d’équipe (tout le monde se mobilise), de la persévérance (ne rien lâcher !) et une dimension intergénérationnelle et de transmission.

Au travers du portrait d’Anne Marhrer, co-présidente des Ainées pour le climat (https://ainees-climat.ch/), c’est à une bataille judiciaire, menée pendant plus de 8 ans pour prouver l’inaction climatique de la Suisse que nous convie le dernier numéro de la revue Imagine (article accessible via ce lien : https://kiosque.imagine-magazine.com/digital/imagine-161/).

Un combat emblématique et un arrêt, le 9 avril 2024, de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui ne l’est pas moins puisqu’il devait acter que la protection contre des effets potentiellement mortels du changement climatique est un droit humain.

Un véritable triomphe et une victoire qualifiée d’historique pour Les Aînées pour le climat pour qui ce jugement est l’aboutissement, après de multiples revers (l’échec de tous leurs recours devant les tribunaux suisses), d’un combat porté par l’ensemble des membres du mouvement (3000 femmes) dans tous les cantons suisses. « Ce jugement n’est pas seulement une victoire pour nous, les Aînées pour le climat. Notre victoire est une victoire pour toutes les générations. Ce jugement est un jalon dans la lutte pour un climat vivable pour tout le monde ».
Et Anne Marher, pour qui engagement rime avec écologie et égalité, incarne parfaitement ce combat qu’elle ne considère pas terminé pour autant, la Suisse renâclant à mettre en œuvre les mesures nécessaires à la mise en conformité avec cet arrêt !
Et, infatigable, elle continue de partager, partout où elle le peut, cette incroyable expérience pour que d’autres s’en saisissent. « L’important c’est de transmettre », tout un programme dans lequel les GPC n’auront aucun mal à se reconnaître…
Et pour aller plus loin TROP CHAUD, un documentaire qui relate le bras de fer inédit entre un groupe de citoyennes suisses et le gouvernement fédéral devrait être disponible sur internet à l’hiver 2025 (https://trop-chaud.ch/fr/).

Alain Laigneaux

Le concept de désobéissance civile, que l’on retrouve pour la première fois chez le philosophe et auteur américain David Thoreau, remonte à la fin du XIXe siècle. Il s’agissait de questionner la possibilité de s’opposer à un Etat, qui selon lui, n’était pas allé au bout de ses valeurs démocratiques. De Gandhi à Rosa Parks, des militants anti-nucléaires à José Bové, les figures de la désobéissance civile ont émaillé l’histoire par leurs actions non violentes.

Les marches pour le climat, qui jetaient dans les rues des grandes villes occidentales des milliers de citoyens inquiets pour l’avenir de la planète ont fait leur temps. En cause, les confinements et le covid, mais aussi une certaine lassitude, un manque de relai des médias mais surtout une impression que les actions légales ne font guère bouger les décideurs. L’urgence climatique ne l’est jamais assez pour compter dans les priorités de l’agenda politique.

Mais le 14 octobre 2022, après un lancer de soupe tomates sur les Tournesols de Van Gogh à la National Gallery à Londres, c’est le buzz. Les vidéos tournent en boucle sur les réseaux sociaux et tous les journaux télévisés relaient les images de ces deux jeunes activistes encollées au mur à côté de la célèbre peinture. Just Stop Oil, le collectif à l’origine de ce coup médiatique, rapidement suivi par d’autres, est désormais connu de tous.
Pour le meilleur et pour le pire. Car l’action est condamnée par un grand nombre de personnes. Il faut dire que dans le monde muséal, les réactions étaient divisées, entre compréhension pour la cause, mais réserve en ce qui concerne la manière. Plusieurs directeurs de musées déploraient le fait que ces actions mettaient en opposition l’art et le climat, alors que les musées font face eux aussi aux effets des changements climatiques, mettant en péril leurs collections (1).
Un coup d’épée dans l’eau ? Pas selon Wouter Mouton, activiste chez Extinction Rebellion Gand : « Si on fait ce genre d’action, c’est parce que toutes les autres, plus en lien avec le réchauffement climatique, ont beau être répétées, les médias n’en parlent pas assez. Quand on s’en prend à une peinture célèbre, on a la garantie de capter l’attention et de cette façon, on peut passer notre message. Et si nous ne sommes pas assez acceptés par l’opinion publique, c’est aussi parce que la presse ne parle pas suffisamment de l’impact du réchauffement climatique et de la disparition de la biodiversité. Si c’était le cas, s’ils donnaient à ces sujets l’importance qu’ils méritent, ça changerait la façon dont le public ressent nos actions. »

Légalité versus légitimité

Petit flash-back. Une lettre cosignée par une série d’universitaires britanniques issus du monde scientifique dans laquelle ceux-ci « déclaraient la rébellion » et qui parut dans le Guardian en octobre 2018 fut à l’origine du mouvement Extinction Rebellion. Des sections locales vont être créées dans plusieurs pays européens, faisant de la désobéissance civile leur principal mode d’action. En 2022, le collectif Just Stop Oil voit le jour et pousse le curseur de la désobéissance civile un peu plus loin, par ses actions spectaculaires dans les salles de musées, mais aussi en perturbant des événements sportifs ou en bloquant le périphérique de Londres. Des actions, qui ont parfois suscité l’incompréhension, sinon la colère, et qui se sont soldées, pour certains des membres du collectif par des peines de prison. Mais dans le contexte international actuel, pour le monde politique, l’heure n’est toujours pas à la priorité climatique, ce qui pousse d’autant plus les militants à tenter la désobéissance civile, en désespoir de cause. Occupation de sites industriels, destruction de matériel, blocage d’accès d’aéroports : si les activistes climatiques enfreignent la loi et sont dans l’illégalité, ils sont surtout mus par la conviction de la légitimité de leurs actions et agissent de manière publique et non-violente. Et puis, aller toujours plus loin dans la désobéissance civile finit par travailler l’opinion publique, selon Wouter Mouton : « C’est la théorie du flanc radical : plus une action est radicale, mieux une action de désobéissance civile plus modérée sera acceptée par le grand public. Toute action radicale crée ainsi un espace pour une action qui l’est moins. » Si la théorie fait débat au sein même des mouvements, il est vrai que nombre d’avancées sociales et environnementales sont nées de mobilisations citoyennes et d’actes de résistance. À méditer pour ceux qui seraient tentés de baisser les bras.

(1) A lire aussi sur la question de l’activisme au musée :
https://artsetpublics.be/wp-content/uploads/2024/11/regards-sur-les-musees-2024.pdf

Sabine Schrader


••• Décembre 2024

Pour les traditionnels échanges de cadeaux autour du sapin, plusieurs options sont possibles, entre surconsommation et sobriété.

La surconsommation assurée : chacun offre un cadeau à chacun.
Certains cadeaux sont bien appréciés, d’autres moins (et on les retrouve éventuellement sur eBay début janvier).

La modération relative : chaque membre de la famille offre un seul cadeau à un seul membre de la famille.
Et « qui offre à qui » est déterminé par un tirage au sort, libre à chacun de sonder ou pas les désirs d’autrui.

La modération avec le jeu en plus : chacun achète un cadeau peu cher (le groupe fixe un ordre de grandeur) sans savoir qui le recevra.
Lors de la soirée, on tire les noms au hasard, et à chaque tour chacun choisit parmi une pile de cadeaux emballés, sans savoir ce que cache l’emballage. À ceci près qu’à chaque tour, le participant peut décider de voler un cadeau déjà prélevé. C’est le jeu du cadeau volé, qui suit quelques règles.
Attention : les jeunes enfants risqueraient de vivre très mal le vol de leur cadeau ou de désirer très fort le cadeau du voisin ou de la voisine.
Protestations et cris assurés. Donc : ne pas les inclure dans le jeu !

La sobriété : entre « gens déjà bien nourris », on décide que seuls les enfants reçoivent un cadeau.
Oui, mais… « ils en ont déjà tellement reçu » !…
Personnellement, j’évite les jeux à piles et les jeux vidéo. Priorité aux livres, même chez les tout jeunes.

Les Grands-Parents pour le Climat qui aiment offrir des livres à leurs petits-enfants se demandent souvent comment choisir des livres qui reflètent les valeurs qu’ils voudraient transmettre. Nous avons posé cette question à des libraires passionnés et engagés (la Librairie Claudine à Wavre) qui nous a aimablement dressé une liste de suggestions.
Voici, donc, sept belles idées de livre pour des âges allant de 1 à 15 ans.

Les beaux rendez-vous, V. Joffre – éditions Thierry Magnier

Dans ce bel album au fil des saisons, Véronique Joffre illustre ces rendez-vous qui reviennent chaque année, les giboulées du printemps, les cueillettes de l’été, les soirées chaudes de l’hiver. D’une page à l’autre, ce sont humains et animaux qui profitent de ces moments de gaieté. Et si, finalement, nous n’étions pas tous pareils ? Un joli album, à offrir dès la naissance, et à admirer encore plus grand.


Les gens de la plage, M. Vincensini & C. Abt – éditions Thierry Magnier

Ce matin, sur la plage, on retrouve un étrange rocher, un rocher qui frissonne et respire, un rocher
vivant ? Ce rocher, nous le voyons vite, est en fait une baleine échouée. Vite vite, il faut la sauver. Mais bientôt arrivent les pompiers, et avec eux, interdit de s’approcher. Or, les gens de la plage ne peuvent pas rester sans rien faire et se convainquent bien vite qu’il faut agir pour sauver la baleine. Cette histoire, c’est une ode à la solidarité, à la désobéissance civile, à la prise en main de nos responsabilités, aussi. À partir de 5 ans.

La terre racontée aux enfants, P. Graviou, E. Orsenna & S. Kiehl – éditions Gallimard Jeunesse

Du noir le plus profond de l’espace, à l’apparition de nos sociétés, cet album-documentaire propose une histoire de la Terre, la plus belle et longue histoire qui soit.
Les illustrations de Stéphane Kiehl font la part belle à toute la diversité de couleur de notre monde et de ses habitants, végétaux et animaux.
À découvrir dès 7 ans.

Le pays de sable, X.-L. Petit – école des loisirs, coll. Neuf

Yani, 12 ans, découvre la Mauritanie aux côtés de sa mère. Il y rencontre son grand-père, chamelier.
À trois, ils arpentent le Sahara à la recherche de ses chamelles.
De village en village, ils se rendent compte que le désert avance, qu’il s’étend. Cette quête, c’est aussi l’occasion pour Yani d’en apprendre plus sur son grand-père, sa culture, son métier.
Ce petit roman, à lire dès 10 ans, propose une belle aventure humaine aux confins du Sahara.

Entrer dans le monde, C. Duviver – école des loisirs, coll. Medium

Une utopie à hauteur d’ado.
Xabi vit avec 25 autres adolescents au Danube, espace souterrain rassurant et chaleureux. Tout y est orchestré pour que tout le monde soit heureux.
Lorsque des inconnus leur rendent visite, tout leur quotidien se retrouve chamboulé. Ancré dans les thématiques qui chamboulent notre monde, l’écologie, la politique, notre lien au vivant, ce roman est aussi porteur d’espoir et d’humanité, à lire à partir de 12 ans.

La dernière saison de Sélim, P. Quiviger – éditions du Rouergue jeunesse, coll. Épik

On retrouve ici tous les ingrédients d’un bon roman : aventure, suspense, amour et quelques touches d’humour.
Quoique placé dans un monde imaginaire, il n’est pas exempt de tous ces sujets qui nous touchent. À l’image d’une fable, ce roman leur permet de se déployer et d’en extraire une critique juste de notre société.
Le tout est porté par l’écriture magnifique de Pascale Quiviger, à conseiller dès 14 ans, et jusqu’à 114 au moins.

L’odyssée des graines, Cruschiform – éditions Gallimard

Puisque tout commence par une graine et qu’elles sont toutes différentes, du gland le plus commun au bec-de-cigogne tout en volute, plongez dans cet album sublime au texte juste et drôle.
Petit objet ovni, qui plaira aux petits amoureux de la nature comme aux grands enfants émerveillés par ce qu’elle peut nous offrir. Cruschiform y explore le monde végétal et toutes ses merveilles.

Philippe Sonnet

L’autre jour, nous sommes allés à Nausicaa, le plus grand aquarium d’Europe, avec quelques-uns de nos petits-enfants. On y découvre ce que peut être l’extase et la contemplation devant l’immensité de la création, sa beauté et son infinie diversité.
De nombreux commentaires accompagnent la visite, nous embarquant dans un formidable élan d’amour et donc de protection. La préservation des océans, dans l’équilibre tel qu’il est, est en effet tout à fait fondamentale pour la survie de l’humanité. On ne le rappellera jamais trop.
Mais rien n’est parfait, ou plutôt, tout est perfectible.

Un des commentaires affichait solennellement : « L’océan appartient à toute l’humanité, …, c’est notre patrimoine commun » !. NON !

Nous voici encore malheureusement dans l’esprit de l’ancien paradigme, issu de la conception suprématiste de l’espèce humaine, qui veut que le monde nous appartienne. Quand j’avais 20 ans, la vie était devant moi et le monde …. m’appartenait. Dans un grand élan humaniste et intergénérationnel, ce commentaire peut effectivement nous emballer, dénoncer la privatisation de tout ce qui peut l’être pour en tirer profit. Nous-mêmes sommes, dans la bonne tradition patriarcale, propriétaire de notre maison et de notre terrain, de notre chien, de nos esclaves en des temps plus reculés, de notre conjoint(e) en des civilisations autres que la nôtre.
Le basculement que nous vivons en temps réel nous impose de dire exactement le contraire : c’est nous qui appartenons à la Terre et pas le contraire. Au sens propre du terme, nous sommes une part du vivant et non le contraire, comme nos cellules sont une part de nous-mêmes et nous appartiennent effectivement. Chacune à sa mission qui lui est dédiée et préserve notre être.
Le Petit Robert insiste : « Nous sommes entièrement soumis à…. », c.-à-d. aussi au service de….

La prise de conscience de la modestie de notre destin nous fera enfin comprendre, je l’espère, que c’est nous-mêmes qui devons faire notre part dans la préservation d’un monde dont nous ne sommes qu’une microscopique, mais indispensable cellule, afin que nos chers petits-enfants puissent aussi vivre à la suite d’une prodigieuse transmission de la vie qui remonte à la nuit des temps.

La Terre ne nous appartient pas. Nous l’empruntons le temps d’une vie.

Yves Claus

La fin de l’année approchant, chacun d’entre nous cherche quelques bonnes idées de cadeau. Cette année, comme l’année passée, nous vous proposons un pari : celui de doubler le nombre de membres de notre association. Non, ce n’est pas un cadeau pour nous-mêmes, vous vous en doutez. Mais un cadeau pour nos enfants, nos petits-enfants et les générations qui vont leur succéder, que ce soit les nôtres ou ceux des autres.
Imaginez-vous plus beau cadeau que de s’engager pour « une terre à vivre pour nos petits-enfants » ?

Nous vous proposons donc à chacun de trouver parmi votre entourage au moins une personne qui se fera membre. Et d’en parler à vos petits-enfants, de leur dire votre fierté, car le plaidoyer que nous entretenons avec nos autorités a d’autant plus de poids que nous sommes nombreux.

Notre mouvement garde plus que jamais son sens, pour la solidarité intergénérationnelle qu’il développe. Nous pouvons être fiers d’être membres de GPClimat. Et cette fierté, communiquons-la !

Notre génération compte 2,5 millions de 65+ en Wallonie et nous sommes à ce jour un peu plus de 1300 membres. Voyez-vous le boulevard qui s’élance devant nous ?
Vous êtes membres et déjà sensibilisés au défi climatique. Voulez-vous bien relever ce pari avec nous ?
Ci-dessous, un « modèle » d’email pour vous faciliter la tâche si vous le souhaitez. Il inclut quelques liens utiles.

Cher, chère ,
Tu sais que je suis membre de l’association Grands-Parents pour le Climat www.gpclimat.be depuis un certain temps. Notre mouvement est souvent cité dans les médias et développe des partenariats avec d’autres mouvements d’aînés.
Le crédit que notre association peut avoir auprès des autorités est bien sûr lié au nombre de membres, dans notre plaidoyer, « pour agir plus vite, plus fort, plus juste ». C’est déterminant.
C’est pour cela que je te contacte pour nous aider.
Se faire simplement membre https://gpclimat.be/devenir-membre/ nous aide vraiment.
« Une terre à vivre pour les petits-enfants », au-delà des diverses gâteries, c’est le plus beau cadeau de fin d’année qu’on puisse faire à nos petits-enfants et, au-delà, aux générations qui nous suivent.
Avec toutes mes amitiés,

Yves Claus

5h, le réveil sonne. Notre train est à 6h 23. C’est tôt ! Mais mon mari et moi sommes tellement enthousiastes d’aller visiter cette ville du Nord que nous nous levons sans problème.
Copenhague a pour ambition de devenir neutre en carbone en 2025 et nous avons hâte de découvrir cette cité. Dans le train, nous pourrons lire, manger et surtout y dormir pour récupérer les heures de sommeil que nous n’avons pas eues en se levant si tôt. Car c’est vrai, à 75 et 78 ans, notre sommeil n’est plus celui de nos 20 ans.

Première étape : Cologne où nous prendrons un train pour Hambourg. Nous y arriverons vers 14h. Et là, plaisir suprême, nous partons visiter le Kunstalle où nous attendent les magnifiques tableaux de Klee, Kiefer, Richter, Polke, … et surtout ceux de Jawlensky que j’adore. Nous parcourons également l’exposition Survival à l’espace d’art contemporain Deichtorhallen, qui présente l’œuvre d’une quarantaine d’artistes mettant en scène différents modèles de survivance ensemble dans ce siècle aux multiples défis.
Le lendemain matin, notre train pour Copenhague est à 11h53. Cela nous donne le temps de visiter le quartier Speicherstadt, ensemble d’anciens entrepôts néogothiques (briques rouges, pignons à redans et toits en cuivre) sur les bords de l’Elbe. Nous poursuivons jusqu’au bâtiment contemporain de la philharmonique de l’Elbe où l’ancien et le moderne se côtoient dans une parfaite harmonie.

Cinq heures dans un train super confortable pour Copenhague. Nous y arrivons vers 18h. Le soleil est au rendez-vous et nous commençons notre visite. Après moins d’une heure de balade, je m’étonne : « Comme cette ville est calme ! »
Effectivement, peu de voitures, pratiquement pas d’endroit pour les parquer, une grande allée pour les vélos qui sont très nombreux et un grand trottoir en pavé pour laisser infiltrer l’eau (il pleut beaucoup à Copenhague, nous a dit Bolette, une des responsables des GPC que nous avons rencontrée). Toutefois, ils n’ont pas oublié les piétons et les personnes à mobilité réduite : une double allée dessinée au milieu de ce trottoir, de plus ou moins chacune 50 cm, permettent à ceux-ci de se promener aisément. Et aussi aucune publicité, ni dans le métro, ni dans les rues. Je réalise combien c’est reposant de ne pas être agressée par ces grandes enseignes lumineuses que nous avons retrouvées dès notre descente à la gare du midi.

Rigolo ! Ici, pas de dispute et de rouspétance entre les automobilistes et les cyclistes, nous dit Peter, le mari de Bolette. Mais bien entre les propriétaires de simples vélos et ceux des vélos cargos qui estiment que ces derniers prennent trop de place. Ils sont nombreux : là, ils transportent des enfants, là des grands-mères ou grands-pères, ou encore sont utilisés pour ramener les courses.

Tout dans cette ville, gouvernée par une majorité verte/rouge (les sociaux-démocrates), crée une émulation entre les citoyens afin qu’ils diminuent leur empreinte carbone.
L’incinérateur le moins polluant au monde fournit, grâce à un système de cogénération, de l’électricité, le chauffage urbain et l’eau chaude pour tous les citoyens de la municipalité. Dès qu’il a produit une tonne de dioxyde de carbone, un petit nuage rond flotte au- dessus du générateur, informant ainsi la population qu’il lui faut être vigilante par rapport à ses déchets. Plus surprenant, ce sont les habitants qui ont été demandeurs de ce système et l’ont financé par crowdfunding. De la même manière, ils ont participé à la réarborisation d’un parc.

Sympa ! Si, durant leur randonnée, les touristes ramassent les déchets qui flottent sur l’eau des canaux, ils bénéficient d’une location gratuite de kayak. Et encore, si vous prenez le métro ou le vélo pour vous balader dans la ville, certains restos ou café vous proposeront gratuitement une boisson ou un smørrebrød – sandwich typiquement danois garni de poissons et/ou de viande, légumes, etc.

Le Danemark est un pays riche. Jusqu’en 2010, il fut le 32e exportateur de pétrole. Mais, résolu à lutter contre le dérèglement climatique, il ne cesse depuis lors de diminuer l’exploitation de ses gisements de gaz et de pétrole : 47% de son énergie était d’origine renouvelable en 2020, 55% le sera en 2030 (principalement éolien et biomasse). Et le pays s’est engagé à fermer toutes ses exploitations pétrolières et gazières pour 2040.

Cité résolument tournée vers le XXIe siècle, Copenhague est parvenue à créer un futur désirable pour ses habitants, qui s’y sont pris au jeu et en redemande. Fameux défi, réussi.
Nous sommes revenus pleins d’enthousiasme, sans compter la satisfaction que nous avions, qu’à l’image de ce pays, notre empreinte carbone fut réduite au minimum grâce à ce voyage en train. Ne devions-nous pas lui faire honneur, alors qu’il a pris la voie d’une Terre habitable pour tous !

(2) En train, le voyage nous a coûté un peu moins de 200€ alors que tout compris (bagages, enregistrement, siège standard, assurance, etc., le voyage en avion nous aurait coûté 574€.

Cécile de Ryckel

« Une semaine ancrée dans la chair du monde, placée sous le signe d’une invitation à renouer avec nos sens en contact immédiat avec la terre et avec la conscience d’une appartenance à un cosmos qui respire à travers tous les êtres et les éléments qui le composent. À rebours des grandes dichotomies qui brident notre perception, maintiennent l’humain en dehors du vivant et font de l’abstraction froide l’idéal de la connaissance » Agir pour le Vivant, bilan 2024.

Arles, 26 août 2024, ça y est cette fois j’y suis ! Une amie qui était venue en 2023 m’en avait parlé avec tellement d’enthousiasme (notamment et parmi bien d’autres, de l’intervention de David Van Reybrouck), que j’étais impatient d’être là. Impatient de prendre part tout au long de la semaine à cette « ruche bourdonnante », active dès 7h30 du matin avec le temps de « l’aube des rites » (un moment de restauration d’un lien sensuel et spirituel aux éléments terrestres) et jusque souvent tard le soir.
Bourdonnante et foisonnante, deux qualificatifs qui conviennent il me semble parfaitement à ce festival auxquels j’ajouterais la convivialité, une joie d’être là et se sentir comme « portés » par tous celles et ceux qui questionnent, cherchent et inventent de nouvelles manières d’être au monde et de faire société. N’ayant pas la prétention d’en restituer toute la richesse, je vous en propose simplement quelques idées qui me semblent pertinentes et qui, je l’espère, vous donneront l’envie de participer à la prochaine édition en 2025.

Contexte

Dès les années 2000, dans ‘Par-delà nature et culture’, Philippe Descola appelait à rompre avec le paradigme occidental de l’humain extérieur à son milieu de vie. La nature est une invention de l’Occident, nous disait-il, et c’est cette extériorité qui, à travers la distance émotionnelle qu’elle engendre, autorise l’homme à continuer à détruire son milieu. La seule option raisonnable pour limiter la catastrophe en cours ressemble alors de plus en plus à un ultimatum draconien impliquant à la fois une dimension technique et une dimension culturelle : métamorphoser nos modes de vies et nos représentations du monde.

C’est autour de cette « seule option raisonnable » que le festival Agir pour le Vivant a choisi de construire, dès 2020 année de sa première édition, une démarche originale comme lieu de réflexions, de débats et d’actions autour des nouvelles manières de faire société dans le respect et la solidarité avec l’ensemble du vivant. L’évènement piloté par les éditions Actes Sud, a lieu depuis chaque année, fin août, à Arles et se déroule également à l’international en Colombie et au Cameroun et bientôt, en 2025, également au Japon.

Que retenir de cette édition 2024 ?

Comme mentionné plus haut, évoquer en quelques lignes toute la richesse de cette cinquième édition 2024 est un exercice quasi impossible, mais les quatre piliers qui structurent le festival peuvent nous en donner quelques éléments :

Penser le vivant, temps de débat et de rencontre pour tenter de dessiner collectivement une société en faveur du vivant dont je retiens la très belle rencontre avec David Abram. Ce philosophe nord-américain nous a invité, au départ de deux de ses ouvrages « Devenir animal, une cosmologie terrestre » et « Comment la terre s’est tue » à apprendre notamment de la relation qu’entretiennent les civilisations de tradition orale (il est très proche de certaines tribus amérindiennes) avec leur environnement (terre, air, eaux, animaux, végétaux…). Il affirme que cette relation a cessé et que  » la terre s’est tue  » pour la plupart des humains. Il nous faut dès lors chercher à en comprendre le quand, le comment, et le pourquoi pour imaginer ce que nous gagnerions à retrouver ce lien et nous reconnecter avec le vivant non humain.

La Fabrique de l’action pour le vivant, un ensemble d’ateliers et de résidences de travail avec les acteurs du territoire, les entreprises et les citoyens pour faire émerger de nouvelles méthodologies d’action pour le vivant et tenter des expérimentations concrètes dans les territoires. Le thème de l’eau, déjà abordé les années précédentes, revenait cette année avec l’ambition d’élaborer, sur un territoire donné, des propositions de politiques de l’eau à même de répondre aux enjeux climatiques actuels.

Célébrer le vivant, des temps festifs et participatifs qui rythment la semaine, entre soirées, projections, balades, expositions et performances, afin de sensibiliser, par de nouvelles formes narratives, le plus grand nombre. Parmi les différentes projections, coup de cœur pour les 4 âmes de coyote, l’histoire d’activistes amérindiens qui s’opposent à un projet d’oléoduc placé juste en bas de la colline de leur territoire ancestral. Leur grand-père évoque l’ancien conte de leur Création, nous rappelant à tous que nous devons trouver notre place dans le grand cycle des créatures), Vivant parmi les vivants, un long-métrage inter-espèces qui réunit les philosophes Vinciane Despret et Baptiste Morizot à travers l’histoire d’Alba, la chienne de Vinciane, et de Stipa, une jument sauvage de Przewalski (à l’heure des crises environnementales et de la séparation grandissante entre les humains et le reste du vivant, des penseurs avant-gardistes inversent la perspective anthropocentrique et osent poser de nouvelles questions) et Les Esprits libres qui raconte l’histoire d’une folle aventure où patients, soignants, artistes se rejoignent, au-delà de ce qui les sépare, pour créer et vivre ensemble. Un hymne à la vie, au vivant, à tout ce qui est encore possible … malgré tout !.

S’engager pour le vivant : Des programmes éducatifs, pédagogiques et de sensibilisation sur mesure pour les citoyens afin de contribuer à développer l’engagement autour des enjeux environnementaux contemporains.

Conclusion provisoire

Plus que jamais, ce qui se passe dans le monde est une invitation à redoubler d’efforts et continuer à se questionner sur nos manières d’être, de faire et d’agir là où nous sommes, avec ce que nous sommes et en compagnie de toutes celles et ceux qui, au sein des Grands-Parents pour le climat et ailleurs ont aussi décidé de se « retrousser les manches ». Dans cette perspective Agir pour le vivant comme lieu de « penser ensemble pour imaginer les bases philosophiques et institutionnelles d’une société
solidaire et faire à nouveau de l’écologie politique, le prétexte d’une convergence de tous les engagements et de toutes les luttes »
s’avère tout à la fois ressourçant, nourrissant et nécessaire à notre réflexion et notre agir collectif. Je ne peux à nouveau que vous inviter à le découvrir l’année prochaine pour sa sixième édition !

Alain Laigneaux


••• Juin 2024

Retour sur une participation citoyenne uccloise

De février à juillet 2022, trente citoyens et citoyennes ucclois.es se sont retrouvés tous les 15 jours pour élaborer le Plan Climat de la Commune : l’Assemblée citoyenne pour le climat. Parmi ces trente citoyens : deux GPC.
C’est à cette occasion que j’ai pris conscience de l’importance d’examiner l’impact carbone de notre patrimoine financier, qu’il soit privé ou public.
L’antenne uccloise des GPC a donc décidé de s’attaquer à cet aspect de la lutte contre le dérèglement climatique, trop souvent méconnu. Nous ne voulions plus être les pigeons d’un système financier qui investit notre argent dans les énergies fossiles, non soucieux de la biodiversité, dans des entreprises non respectueuses des droits humains, particulièrement ceux des enfants.
Investir son argent oui, mais pas à n’importe quel prix ! Nous voulons participer au financement d’une économie de transition.

Mais comment savoir si notre banque est vertueuse ou pas, verte ou pas ?

Fin décembre, Anne Berger (Financité) est venue animer un premier atelier :
changer de banque, ce n’est pas sorcier.
D’abord avec le scan des banques (outil de comparaison des politiques des banques en matière d’environnement, de droits humains…) nous étions 25 à pouvoir situer notre banque : bad bank, good bank ? Sourire chez certains, sourire plutôt crispé chez d’autres.
Grâce aux formulaires Bank Switching amenés par Anne et l’expérience des uns et des autres, nous avons défini les étapes et les écueils à éviter pour réussir son changement de banque en toute sécurité.

Le 26 mars, l’antenne uccloise organisait un deuxième atelier :
« Investir vert, c’est possible et bon pour la planète ».
Anne Berger nous a guidés sur les possibilités de placement vert et solidaire et montré comment échapper aux nombreux pièges que nous tendent les banques : la Commission Européenne a classé les fonds d’investissements en différents articles et notamment l’Article 9 dans lequel devraient figurer les fonds durables. « Devraient ! » car sur les 402 répertoriés durables, seul 36 le sont réellement, selon les analyses de Financité.

Pas certains de ne pas avoir été dupés, mais rassurés de disposer de la liste réelle des fonds durables. Pour interpeller notre banquier, au cas où ceux qu’il nous aurait renseignés ne le seraient pas.
Ce monde de la finance n’est-il pas l’hydre à multiples têtes qui enlace dans ses tentacules toutes les bombes climaticides qui mettent en péril l’avenir de nos petits-enfants ? Alors, quel bonheur de lui couper la tête !
A notre petite échelle, nous avons ainsi contribué à construire un monde financier en adéquation avec nos valeurs. N’hésitez pas à faire de même !

Cécile de Ryckel
Coordinatrice de l’antenne Uccloise de GPC

Les jeunes sont plein d’entrain

Depuis une petite trentaine d’années, Ose la science, asbl namuroise, invite les jeunes passionnés par les sciences à participer au Salon Exp’Osons.

Par ce froid printemps, 270 élèves, âgés entre 6 et 18 ans, sont venus présenter, durant deux journées, un projet qui leur tient à cœur. Une centaine de stands, tous très attractifs et titrés avec ingéniosité, ont accroché un public nombreux. Et les sujets abordés filent tous azimuts !

Pour les plus jeunes, les thèmes tournent souvent autour des animaux comme Le papillon, Le panda, Le ver de terre ou Le lapin. Léopold, 2ème année, défend L’araignée et sa toile en posant devant lui un microscope et un livre didactique dont il a tiré de grandes affiches explicatives.
Les enfants plus grands s’orientent volontiers vers le domaine astrologique : Les aurores boréales, La lune, L’existence des comètes, Comment les éclairs se forment ou, plus prospectif, Les météos extrêmes ou Comment coloniser une planète à long terme ? Les illusions d’optique, la réfraction de la lumière et le miroir infini. Ou tout aussi compliqué ; La photosynthèse artificielle est-elle une idée encore en développement ?

Les classes de 4ème et 5ème sont interpellés par les enjeux d’aujourd’hui : La pollution marine, Le fonctionnement d’une éolienne, L’avion neutre en carbone, Les combustibles fossiles, La transformation du plastique en essence ou encore, Le fonctionnement d’une éolienne, La voiture à l’hélium, Ce qui rend accro au téléphone !

Le domaine de la santé et du corps n’est pas en reste : Comment produisons-nous les vaccins ? Le plasma, Notre cœur pompe la vie, Le cancer qu’est-ce que c’est ? Les bactéries sur les oreillers, Les dents, l’œil, le savon, La peau et… la crème solaire !

Travaillés dans un esprit scientifique, tous les sujets affrontent qui la physique, la chimie ou la biologie, interpellant par leur variété. L’impression que donne l’ensemble est une confiance dans le bagage que ces jeunes ont reçu des générations qui les précèdent. Mais aussi ils apostrophent l’actualité sensible comme : L’humanité fonce-t-elle dans le mur ? La pollution marine, La transformation du plastique en essence, En quoi l’aquaponie constituerait une solution pour une vie en autarcie, les plantes sont-elles l’éclairage de demain ? Ou encore Chat GPT

Terminons par un sujet qui inquiète parfois les parents : La cigarette ! Maud, Sirina et Maria se sont intéressées non pas tant à la santé des fumeurs, mais aux conséquences de la cigarette sur l’environnement et particulièrement sur les océans et les forêts. Les effets des différents éléments (dont le filtre) qui constituent la cigarette plongée dans l’eau à peine deux jours ne peuvent que détourner les amateurs de ce poison !

Qu’il s’agisse d’un projet de classe ou à titre indépendant, ils ont préparé leur action avec
enthousiasme. Sont-ils évalués ? Oui, par 4 prix (dont un d’excellence) suivant des critères comme la
motivation et la créativité, la connaissance du sujet, la démarche scientifique et la communication orale et écrite. De toute façon, ils sont tous gagnants. Aidés du professeur et parfois de leurs parents, ils doivent pouvoir exposer et intéresser le grand public. Cette expérimentation est un pas de plus dans leur formation. Ils acquièrent des compétences scientifiques, réfléchissent à un mode opératoire et à l’installation d’un stand.

Plusieurs proposent une démonstration originale de leurs propos. La débrouille est au rendez-vous, mais toujours maîtrisée. À chaque pas dans le grand hall de Cap Nord de Namur, les visiteurs sont émerveillés par tant de créativité et d’entrain que démontre joyeusement cette génération montante !

Qui osera dire encore que les jeunes ne s’intéressent à rien ?

Godelieve Ugeux

Le vent léger, Jean François Beauchemin
(les éditions Québec Amérique, EAN : 9782764451533)

Un livre qui, à première vue, n’a rien à voir avec le climat. Et pourtant, il me semble avoir sa place ici, dans cette rubrique de notre Poivre & Sel.

Car souvent nous cherchons un nouveau « narratif », une manière positive de penser notre avenir. Nous sommes en quête, d’une façon enthousiasmante, d’appréhender un monde différent, marqué par de sombres prédictions, des cataclysmes, par des pertes et des renoncements. Et face à cette adversité, résister, résister, ne pas sombrer dans le défaitisme, le découragement, le cynisme. Repérer la beauté, malgré tout, vivre la solidarité, l’amour, la bonté, la joie et oser la poésie comme le propose Aurélien
Barreau. Mais comment ? Comment concilier tout cela ?

Pour ma part, j’ai trouvé une forme de réponse à ce défi dans « Le vent léger », un livre très poétique et réconfortant. Un livre qui dit l’amour et le chagrin, la présence et le deuil, la force du destin et l’engagement. On y rencontre Dieu et Nietzsche et la conciliation des contraires. Un livre qui donne à penser la mort et l’inéluctable comme source possible de vie. J’espère que vous l’aimerez aussi.

Dominique Lemenu


Par une froide après-midi nous étions 22 Grands-Parents réunis au Rouge Cloître à Auderghem pour entreprendre cette marche sous la houlette bienveillante d’Aurèle et Christèle de l’asbl « The Sprouts ».
Il s’agit donc de faire un parcours de 4,6 kms où chaque pas (de 1 m) correspond à 1 million d’années. Nous traversons donc toute l’histoire de la planète Terre. Au début, il y a la collision d’un astéroïde contre la Terre qui créa la lune. Puis il y a progressivement l’apparition de l’eau, des océans, des continents, de la vie sous une forme cellulaire, puis de la diversité extraordinaire d’êtres vivants qui vont coloniser la planète, tout en traversant de terribles moments d’extinctions.
Vous connaissez la fin du parcours, l’histoire humaine prend juste quelques dizaines de centimètres.
Cette balade nous fait prendre conscience du miracle de la vie, de sa résistance, de sa diversité, de la petite place de l’Homme dans l’Histoire et pourtant de sa terrible puissance de prédation.
On en sort ému(e), plus humble, heureux d’avoir eu la chance de vivre, plus déterminé à agir pour que le Vivant se déploie en harmonie.


Thérèse Snoy


••• Mars 2024

Nous sommes malheureusement entourés de fausses nouvelles et c’est d’autant plus déplorable que cela a été prouvé scientifiquement : notre cerveau aime, voire adore, la désinformation !
En 2024, la moitié de la planète va participer à des élections, beaucoup d’entre elles seront manipulées par l’intelligence artificielle… 

(Récemment, Joe Biden a été victime d’un faux message téléphonique ; au Pakistan des fans de l’ancien premier ministre Imran Khan ont utilisé l’intelligence artificielle pour générer des discours plus vrais que nature de leur leader, alors que ce dernier est en prison)

C’est pourquoi la plupart des géants du numérique se sont engagés à lutter contre la désinformation. L’une des techniques consiste à apposer un tatouage numérique sur les vidéos générées par l’intelligence artificielle. Invisible aux yeux humains, il pourra être détecté par une machine pour éviter les fakes news.


Nous sommes tous victimes de nos biais cognitifs, ces défauts de notre cerveau qui font que « nous sommes capables de nous mentir à nous-mêmes juste pour bien dormir la nuit » (dixit Nathalie Gallet, du Media Lab de l’information)
Et parmi ces biais cognitifs, recensés par Nathalie Gallet dans Metamedia, il y a :

le biais de réceptivité au « baratin » : plus une déclaration est complexe et plus nous avons tendance à la prendre au sérieux. C’est comme le latin des médecins de Molière, ignorant de quelle maladie il s’agissait, leur discours rassurait le patient. Aujourd’hui, le jargon économique et financier a remplacé le latin.

le biais de la vérité illusoire : plus on est exposé à une information et plus nous pensons qu’elle est vraie. Les algorithmes des réseaux sociaux, une fois qu’on a regardé une vidéo sur un certain thème, nous en proposent d’autres similaires.

Comme le disait l’ancien président Ronald Reagan à ses détracteurs : « Oui, je sais, je répète toujours les mêmes idées, et les mêmes blagues, mais à force de les répéter, les gens les retiennent ».

Que pouvons-nous utiliser comme « tatouages de vigilance » ?


par Cécile Fontaine / Synthèse d’un article d’Amid Faljaoui, Trends Tendances, 29 février 24


Nos partenaires autrichiens, Grandparents for Future, encouragent les membres de leur parlement à s’attaquer aux « sujets chauds » de la protection du climat en offrant à chacun d’eux une manique faite à la main.
Nos partenaires autrichiens, Grandparents for Future, encouragent les membres de leur parlement à s’attaquer aux « sujets chauds » de la protection du climat en offrant à chacun d’eux une manique faite à la main.

Avant de les remettre aux députés, l’association les a attachés à une longue ficelle et les a exposés devant le Parlement à la vue de la presse et des passants.

par Graham Keen


En sortant de la barque dans laquelle il avait embarqué comme une centaine d’autres personnes pour bloquer le port de Newcastle en Australie (par où sort le charbon), il a été ovationné ! Il a aussi été arrêté mais aucune charge n’a été retenue contre lui, contrairement aux autres personnes. Voilà une des forces des aînés ! Cependant ce n’est pas une raison pour attendre la nonantaine pour oser l’engagement, il y a urgence !

Ce témoignage d’un engagement familial, incluant le grand-père de 97 ans aux côtés de sa petite-fille dans une action de désobéissance civile m’a fait penser que, nous, les GPC, nous avons encore de beaux jours devant nous pour nous engager, au fait !

par Dominique Lemenu et Stéphane Lagasse

Source : lire l’article

Emmenez-les à BELEXPO pour qu’ils deviennent des héros climatiques !

Nous vous en avons déjà parlé, mais cela reste une valeur sure et l’exposition a évolué.
BELEXPO est l’aventure éducative pour prendre soin de la ville et du climat,
Les jeunes sont de plus en plus sensibles à la question du climat. BELEXPO est une excellente expérience pour l’aborder de manière ludique et volontariste avec les jeunes de 10 à 16 ans.

Votre mission : Soigner la ville et la planète ! 
Équipés d’un bracelet digital, votre groupe réalise des missions qui améliorent la qualité de vie en ville et diminuent les émissions de CO2. En les accomplissant, les jeunes expérimentent des solutions concrètes.
Le parcours vous emmène dans 10 quartiers thématiques : Alerte sur la Planète ! Vivre en ville, Se déplacer, En quête de nature, etc…


••• Février 2024

Chaque jour, une dizaine de camions sillonnent le Namurois et récoltent en moyenne 20 tonnes d’encombrants en tout genre. « Et la moitié de ces déchets, c’est du bois, » explique Ludivine, une collaboratrice. C’est donc pour valoriser ces tonnes de bois que Marc Detraux, le fondateur de la Ressourcerie namuroise, a décidé de créer son propre atelier de menuiserie : Ravik Création.

Dans cet atelier, on démembre, on récupère, on scie et on assemble… Éric Nossaint en est le coordinateur. « Le boss s’est dit un jour : ‘On a vraiment trop de bois, que va-t-on en faire pour ne pas le jeter ?’ Il a donc décidé de se lancer dans le lamellé-collé. C’est le fait de récupérer tous les petits bouts de bois que d’autres ne voudraient pas. On va les assembler, les coller et en faire du mobilier contemporain ou autres aménagements, qu’on va ensuite revendre. Des tables, des bibliothèques, des placards… On fait de tout ! Et le bois revit. »

Source : RTBF

Cécile Fontaine

Votre événement est-il durable ?

La Belgique a adopté une charte durabilité pour la Présidence de l’UE 2024. Cette Charte traduit l’engagement des entités fédérales et fédérées impliquées dans la Présidence UE2024 à œuvrer pour une organisation la plus durable possible de leurs événements.

Mais nous aussi, nous organisons des événements, en famille, dans nos associations…

L’Institut Fédéral pour le Développement Durable vous propose un outil qui vous servira de guide dans l’organisation de votre événement et vous permettra également d’évaluer à quel point l’événement que vous organisez est durable.

Ce tableau peut vous aider (site, alimentation, hébergement)

Cécile Fontaine


••• Décembre 2023

Si je vous dis 440 millions de tonnes / an, ça ne vous dira probablement rien. 55Kg/terrien/an, ça parle un peu plus et 44kg de déchets plastiques /terrien/an en 2019, ça me fait réfléchir. Les prévisions : 127 Kg en 2060. J’avale de travers. Et pas que ma salive, du plastique aussi !

Que deviennent-ils ?

79% mis en décharge (durée de vie 450+ ans) ou dans la nature. Donc, aussi dans les océans, affectant partout gravement la biodiversité.
12% sont incinérés, produisant leur équivalent de CO2. Et 10% sont recyclés : de quoi nous faire passer juste quelques nuits plus au calme.
Le plastique, utilisé dans une somme astronomique de produits finis, a contribué à l’explosion de notre confort matériel. Mais soyons lucides : 40% du plastique sont utilisés une seule fois avant d’être jetés.

Et moi, je fais quoi ?

Voici les conclusions de l’article de La Libre du 16/10 qui m’a inspiré :
« Il en va de la question des plastiques comme de celle des changements climatiques et de la biodiversité. Cela fait plusieurs décennies que les scientifiques ont commencé à lancer l’alerte. Des solutions existent et sont connues. Mais les choses changent trop lentement. Les raisons sont partout les mêmes : procrastination des politiques plus intéressés par le court terme et leur ré-élection que par le long terme ; influence de puissants lobbies ; réticences au changement et incompréhension des citoyens devant la complexité des problèmes.
Il faut pourtant avancer. Plus on tarde, plus ce sera difficile, douloureux et coûteux. Et c’est un combat à mener main dans la main avec les gens qui luttent pour le climat. Ces combats ne sont pas distincts. Il s’agit de la même planète, de la même vie. »

Comment sortir de cette addiction ?

Voici déjà un conseil de Makesense (association française qui nous avait qualifiés de « assoc la plus sexy » et nous avait envoyé une lettre intitulée « Vieux croûtons, jeunes cons : la guerre est finie ») :

Poursuivez votre sombre projet de passer au “zéro déchet” way of life
On balance 10 millions de tonnes de plastique chaque année dans l’océan. À l’heure actuelle, pas moins de 200 millions de tonnes stagnent dans les fonds marins avant de se transformer lentement en micro-particules ingérées par les animaux. Ces déchets viennent en grande partie des emballages et on pourrait facilement les éviter. Inutile de vous fier au plastique biodégradable qui est un moindre remède à la pollution car comme le dit l’adage “le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne produit pas”. Il en va de même pour vos appareils électroménagers qu’il conviendrait de réparer plutôt que de les remplacer systématiquement.

Bref, moins on jette, mieux on se porte.

Extrait de : makesense.org

Yves Claus

En introduction du débat organisé à Namur par Canopea / les Shifters / Kaya le 5 octobre (Les entreprises face au climat – révolution ou évolution),
Emery Jacquillat, PFG de la CAMIF insistait sur le fait que les entreprises / les citoyens doivent

  • se sentir, se penser fragile, donc faire le pari de l’amour et s’associer
  • avoir les yeux ouverts, adopter une réponse verbale et une réponse motrice
  • prendre en compte les dernières générations.

Et rappelait les impacts respectifs :

  • des citoyens : maximum 20 %
  • de l’Etat : « accélérateur lent » maximum 25%
  • des entreprises : maximum 75 %. Elles sont donc le levier le plus puissant.

Mais il alertait sur l’effet du « triangle de l’inaction » : si personne ne bouge…
Les citoyens ont donc un rôle irremplaçable, par leur impact tant sur les autorités que sur les entreprises.
Pourtant, il nous arrive à tous de douter de l’utilité de nos actions, de penser que si « les autres » ne bougent pas, elles ne servent à rien.
Et aussi, à d’autres moments, de culpabiliser de ne pas en faire assez, de vivre mal nos incohérences.

Voici à ce propos un extrait de Makesense :
Dans un article qu’elle a signé pour la revue semestrielle Grain, la journaliste Anne-Sophie Novel décrit parfaitement ce qui se passe dans nos têtes d’écolo : « L’insouciance ne fait plus partie de mon monde. Elle m’a désertée, si bien que je rêve parfois d’une vie légère et linéaire […] dénuée de la sensation de salir et réchauffer le monde à chaque déplacement en voiture, chaque achat non-essentiel. Une vie sans avoir la désagréable sensation d’être à côté de la réalité. »
Comment est-ce qu’on s’arrange avec nos choix cornéliens ?

Pourquoi ce sont toujours les mêmes qui culpabilisent ?
Voici deux conseils magiques pour ne pas toujours se fouetter :

Accepter qu’il est difficile d’être vertueux écologiquement parlant dans un monde qui ne l’est pas spécialement et qui fonctionne même selon des logiques opposées.
Déculpabiliser, parce qu’on est tous et toutes limité·es et qu’on ne peut être parfait·es.

Ouverture vers nos voisins européens, réalisée par Barbara Werner, membre de GPC.
Voici un livre radical devenu très populaire en Allemagne car il s’insère dans tout le débat autour de la “croissance durable/verte” qui est souvent préconisée pour combattre le réchauffement de la planète.
Or, c’est une illusion, il n’y a pas de croissance verte, dit l’auteure de plusieurs livres d’économie, qui a étudié l’histoire et la philo, journaliste à succès à la Tageszeitung. Car l’énergie verte ne va pas suffire pour subvenir à tous nos besoins en énergie, il nous faudra aussi de l’énergie en hiver par exemple, quand il n’y a parfois ni vent, ni soleil. A son avis, il n’y pas d’autre solution que “rétrécir notre économie”, voire de changer de système tout court, c.-à-d. abolir le capitalisme car c’est le système économique qui empêche tout changement radical, pourtant indispensable. Le capitalisme doit croître ou s’effondrer. Elle préconise l’économie circulaire radicale.
Après un aperçu historique assez long du capitalisme, qui est voué à la croissance sinon il s’écroule, l’auteure se penche sur l’idée de la “croissance verte” dont elle démonte les illusions : le CO2 ne va pas disparaître, le nucléaire reste une erreur, le problème du stockage de l’énergie persiste aussi (actuellement), la transition coûtera très cher, etc.

Le dernier chapitre traite de la fin du capitalisme quand, avec le rétrécissement de l’économie, celui-ci s’écroulera, les économistes ne fournissent pas non plus d’idées, etc. C’est là qu’elle arrive à suggérer l’exemple de l’économie de guerre de la Grande-Bretagne à partir de 1939 et ses avantages, une économie de plan qui aurait très bien fonctionné. La propriété privée était maintenue, la démocratie aussi, on a rationné les biens selon les besoins de tous, mais il n’y avait pas de manque et le système était considérée comme juste.
A y regarder de plus près, Ulrike Herrmann verrait venir, avec une économie circulaire ou “share economy” une compression de l’économie qui nous propulserait de retour à l’année 1978… où nous ne vivions pas dans la misère pour autant ni à l’âge de pierre ! Mais finie la consommation à excès qui n’a plus sa place à l’avenir, ni l’abondance, il faudra apprendre la sobriété – et à renoncer. L’époque qui nous attend est, selon elle, une économie de survie, déjà en cours, pour sauver l’humanité.

Barbara Werner

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