Quid de « la face cachée » des énergies vertes ?

Il est courant d’entendre décrier les éoliennes et les panneaux photovoltaïques en raison de leur consommation de « terres » rares. Et cet argument est parfois brandi par des lobbies dont le but est bien de bloquer le changement en faveur du renouvelable, au profit des énergies fossiles.

Cela appelle cinq remarques.

1) « Les ‘’terres rares’’ ne sont pas des terres mais une famille de métaux qui ne sont pas rares du tout[1].

Les réserves mondiales sont importantes, bien réparties sur toute la surface du globe. Elles sont présentes dans beaucoup de machines que nous utilisons quotidiennement comme les écrans plats, les LED, les disques durs des ordinateurs, les pompes à chaleur, les frigos, aspirateurs et autres appareils électroménagers, notamment. Les techniques d’extraction et de purification des terres rares sont polluantes pour le sol et l’eau et la production est aujourd’hui concentrée dans des Etats laxistes à l’égard de l’environnement et de la santé de la population locale. Quelques constructeurs d’éoliennes en utilisent (le néodyme en particulier) pour la fabrication des aimants permanents qui équipent certains modèles de génératrices. D’autres constructeurs fortement présents en Europe : Enercon, Senvion ou encore Nordex, n’utilisent pas d’aimants permanents et donc pas de « terres rares ». En Belgique, l’essentiel des éoliennes se développent sans utiliser de « terres rares ». C’est surtout dans l’éolien offshore que des aimants permanents sont utilisés. »[2]

2)  Il faut mettre en balance ce qui entre dans la fabrication des éoliennes ou des moteurs électriques performants, avec les inconvénients des énergies fossiles dont ces nouvelles technologies permettent de réduire l’usage.

Le pétrole a causé plus de guerres et de pollutions étendues sur les lieux d’exploitation que n’importe quelle autre ressource. Même si la situation s’est améliorée, elle est loin d’être parfaite. Comment sont produits le pétrole et le gaz russe, indonésien ou nigérian ? « Dans le delta du Niger, le brut a pénétré les sols jusqu’aux nappes phréatiques (…), l’eau est souillée, la pêche et l’agriculture impossibles ». « L’espérance de vie des habitants y est de 40 ans, 14 ans de moins que dans le reste du pays. La région dénombre aussi le plus fort taux de cancers de la peau et de fausses couches du pays. »[3]

3) Quid de « la face cachée » de nos autres biens d’investissement et de consommation ?

La voiture thermique (qui utilise aussi du cuivre et autre), notre four de cuisine, notre téléphone, notre éclairage, de nos lignes de transport de l’électricité, nos centrales électriques (nucléaires et fossiles), nos produits de santé, des diamants et ors qui pendent à notre cou,… fabriqués dans des conditions d’exploitation parfois à la limite de l’esclavage et engendrant parallèlement une pollution directe effrénée, comme dans les mines de cuivre, d’or, de diamant ? Le problème de l’exploitation des ressources et des conditions de production est général et d’ordre tant éthique qu’environnemental. Il touche au coeur même du système économique actuel. C’est donc bien le problème de la consommation en général qui est ciblé.

4)  Il faut évidemment s’atteler à réduire les scandales et abus liés à l’exploitation de certains éléments précieux.

La technique pour le faire existe : cela s’appelle « supply chain control » en anglais. Il y a des normes et des procédures qui permettent de développer des chaînes d’approvisionnement beaucoup plus respectueuses des droits humains et de l’environnement. Il faut que ces normes soient mises en œuvre de manière beaucoup plus stricte, par exemple via une interdiction d’importation de tout ce qui ne respecte pas des normes sévères en matière de droits humains et de pollution (par exemple pour les mines, source de pollution affolante). Certaines grosses sociétés se sont engagées dans cette voie (par exemple dans le secteur automobile).

5) Enfin, il ne faut pas oublier que les techniques évoluent.

Le moteur à combustion est utilisé de manière intensive depuis plus de 100 ans, et a connu un développement considérable. Les batteries et moteurs électriques entrent depuis peu dans des domaines d’applications nouveaux, les éoliennes ont 20-30 ans d’âge, et les progrès dans ces domaines sont rapides et remarquables. Dans 10 ou 20 ans, leur impact sur les ressources de la planète seront considérablement réduits et leurs performances grandement améliorées.

« L’industrie éolienne consacre d’importants efforts de recherche et de développement à la mise au point des technologies de génératrices pour éoliennes qui rendraient inutiles l’utilisation de terres rares dans les aimants permanents. L’avenir de l’énergie éolienne ne dépend nullement de l’exploitation de « terres rares ».[4]


[1] Le terme « rare » fait allusion au fait que les gisements recèlent les précieux minerais en de très faibles proportions (ce qui exige de grandes quantités d’énergie pour les extraire).

[2] Source : https://gpclimat.be/wp-content/uploads/2019/12/Rumeurs-et-R%C3%A9alit%C3%A9s-sur-l%C3%A9olien-3_0.pdf

[3] Source : https://reporterre.net/Le-petrole-continue-a-devaster-le-delta-du-Niger

[4] Source : https://gpclimat.be/wp-content/uploads/2019/12/Rumeurs-et-R%C3%A9alit%C3%A9s-sur-l%C3%A9olien-3_0.pdf

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